Le monde d'Artamène

Une oeuvre dépourvue de paratexte théorique


Entre reprise, répétition, renvoi et renouvellement et approfondissement, l’avertissement de la première partie du Grand Cyrus est l’élément du paratexte des romans des Scudéry le plus étonnant : l’auteur semble vouloir se soustraire à la tradition de la préface.

Le seul autre élément du paratexte qui envisage l’entreprise romanesque est l’avertissement de la dernière partie (1653) où le romancier, revenant sur l’ensemble de son œuvre romanesque à la lumière de Clélie alors en gestation, la conçoit en terme de système uni :

"Les Ouvrages de la nature de celui-ci, sont composés de tant de choses ; il faut tant d’art pour les bien faire ; et tant de travail pour les achever ; qu’après en avoir donné deux au Public, j’avais résolu de n’en faire plus : et de jouir en repos du plus noble fruit de ma peine ; je veux dire de quelque approbation que j’ai obtenue. Mais que sert-il de le celer ? […] Cela veut dire, Métaphore à part, que le favorable accueil que vous avez fait à l’Illustre Bassa et au Grand Cyrus, vous fera voir un troisième Roman de moi, que je tâcherai de mettre au-dessus des deux autres : ou de faire du moins qu’il ne demeure pas au-dessous."

Ayant inscrit Clélie dans la continuité des deux romans antérieurs, le romancier annonce la matière de ce prochain récit et, ce faisant, en définit rapidement les exigences en termes d’inventio :

"Le Siècle que j’ai choisi est grand et illustre ; le lieu fameux ; les Personnes célèbres, et les événements véritables si beaux, que pour peu que l’invention n’y ajoute, ce livre ne vous déplaira pas."

On peut donc être frappé, à la lecture de ce roman, par le contraste entre l’innovation générique du récit lui-même et la pauvreté de la réflexion sur le genre dans le paratexte.

CE




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