Le monde d'Artamène

Strabon


Une grande partie des indications géographiques procurées dans le roman sont extraites de l’œuvre d’Hérodote. Cependant, certains noms de villes, de fleuves ou de régions n’y figurent pas. Très souvent, lorsqu’un lieu du Grand Cyrus est absent chez Hérodote, il est mentionné dans la Géographie de Strabon (Ier siècle av. J.-C.). C’est le cas, par exemple, des villes d'Artaxate ou de Cerasie ou de la rivière Sangar.

En général, le roman des Scudéry contient peu d’éléments de description provenant de Strabon. Toutefois, il existe au moins un passage où la filiation, indéniable, est signalée par des détails très précis : la fondation de Marseille. La légende selon laquelle Diane aurait envoyé en premier lieu les Phocéens à Ephese, pour chercher un guide qui les emmènerait au lieu où devait être fondée leur colonie se trouve développée dans les deux textes. Il en est de même pour quelques détails géographiques (page 5516 : les deux temples, le terrain rocailleux et le vent violent se trouvent dans Strab. IV, 1, 4-7) tout comme pour la description du gouvernement de Marseille :

Grand Cyrus, 8, 2, p. 5519 Cependant comme le Prince de Phocée sçavoit bien que ce n'est pas assez de bastir une Ville, si on n'en regle la Police, il commença d'y songer : de sorte que pour esviter l'envie parmy ceux qui l'avoient reconnu pour leur Chef, il voulut en apeller un grand nombre à la connoissance des affaires publiques : si bien qu'il en nomma six cens, qui avoient voix deliberative au Conseil. Il est vray que pour adviser aux affaires pressées, il voulut qu'il y en eust quinze qui fussent destinez pour cela, sans qu'il fust necessaire d'assembler le Conseil general et que de ces quinze encore, il y en eust trois avec qui il pûst prendre les resolutions secrettes, selon les occurrences. Ainsi Madame, ce Conseil des six cens, qui de six cens à quinze, et de quinze à trois, et de trois à un, ne forme qu'une seule authorité : est ce qui gouverne cette nouvelle Ville.

Strabon, IV, 1, 5 Les Massiliotes ont pour régime politique la constitution aristocratique la mieux réglée de toutes celles de ce type. Ils ont institué un collège de six cents membres qu’ils appellent timouques et qui conservent leur titre pendant toute leur vie. Quinze d’entre eux forment un conseil supérieur auquel est confiée l’exécution des affaires courantes. Une préséance est observée à l’égard de trois des leurs, qui disposent de pouvoirs considérables. Ils sont, eux-mêmes, présidés par l’un des trois.

Les informations contenues dans le Grand Cyrus sont les mêmes que celles qu'on trouve chez Strabon. Or l’œuvre grecque n’a été traduite en une langue moderne, l’italien, qu’en 1662 et en français qu’au XIXe siècle, à l’instigation de Napoléon. Ceci pourrait expliquer pourquoi, outre des noms de lieux, très peu de détails peuvent être attribués à Strabon. En effet, un texte grec n’aurait, semble-t-il, pas été accessible à Madeleine de Scudéry, dont on s’accorde pour dire qu’elle ne connaissait pas les langues anciennes. Dans ce cas, on peut imaginer que ces détails figuraient dans une ou plusieurs œuvres intermédiaires. En effet, à l’époque des Scudéry furent rédigé un grand nombre de livres sur l’histoire de la France et de la Gaule (1). Les auteurs de ces œuvres se fondaient presque uniquement sur les auteurs grecs et latins pour l’histoire des Gaulois. Les renseignements que fournit Strabon pour la fondation de Marseille figuraient sans doute dans certains de ces écrits des XVIe et XVIIe siècles.

(1) Cf. par exemple Etienne Pasquier, Les Recherches de la France, Paris, 1560 ou Claude Fauchet, Recueil des antiquitez gauloises et françoises, Paris, 1579

JR




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