Le monde d'Artamène

Sources des topographies


Écrivaine à l’imagination fertile, Madeleine de Scudéry tire la plupart de ses connaissances géographiques de sources livresques. Une information directe n’est cependant pas impossible. C’est le cas pour un lieu où l’auteure a séjourné: Marseille qui apparaît, dans Le Grand Cyrus, sous le nom de Phocée. Plus généralement, on peut s’interroger avec certains auteurs sur la question des clés pour les topographies : certains paysages, jardins ou demeures décrites dans Le Grand Cyrus ont-ils un équivalent français ? Quant à l’espace exotique, Georges de Scudéry mentionne bien dans la « Préface » d’Ibrahim (1641) qu’il a appris « d’un Persan qui est à Paris » certains détails, concernant la Perse et la Turquie, contenus dans l’ouvrage. En fait, le Grand siècle se présente comme une époque charnière pour la connaissance de l’Orient en France. Jusque-là, les contacts directs entre ces contrées et les cours européennes sont rarissimes. Les lettrés français se forgeaient alors une image de cet espace grâce aux textes antiques. Au XVIIe siècle, les relations entre Orient et Occident sont en plein essor, au travers de l’implantation de missionnaires et du développement du commerce. Les premières relations de voyages commencent à apparaître à cette époque.

Toutefois, le territoire qui apparaît sous la plume de Madeleine de Scudéry dans le Grand Cyrus, loin de présenter l’image d’un pays contemporain comme c’est le cas dans Ibrahim ou l’Illustre Bassa, est tributaire d’une littérature plus ancienne. La confrontation du Grand Cyrus avec des textes d’Hérodote, Strabon ou Pline démontre bien l’importance de l’apport des géographes et historiens antiques dans le deuxième roman. Le sujet antique du roman influence le choix des sources : c’est auprès des auteurs de l’Antiquité que la romancière est allée puiser. Elle nous l’indique dans son « Avertissement » :

« je suy quasi par tout Herodote, Xenophon, Justin, Zonare, et Diodore Sicilien. »

Ces emprunts aux Anciens participent à la caution de vraisemblance et d’exactitude géographique que les Scudéry jugent primordiales dans leur poétique de la description.

Les topographies dans Le Grand Cyrus représentant la nature (paysages, jardins) laissent transparaître une dernière source possible. Ils se présentent souvent comme des véritables peintures du paysage, empruntant à l’art pictural et à la tradition topique arcadienne.

SC




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