Le monde d'Artamène

Raison et passion


Au XVIIe siècle, comme à toutes les époques, on débat du rapport de la passion et de la raison. Et comme à toutes les époques, s’impose l’idée que la passion, source d’aveuglement, perturbant les facultés de discernement, est néfaste à l’usage de la raison. Conséquence qui s’avère désastreuse, à l’aune de l’importance accordée par les contemporains à l’interprétation (voir Jalousie et interprétation).

En vertu de quel pouvoir la passion fait-elle perdre la raison ? La passion laisse libre cours à l’imagination, faculté dont l’effet dommageable est incessamment dénoncé dans la littérature morale de l’époque :

Un esprit « prévenu » par l’imagination sera dès lors inapte à prendre des décisions satisfaisant aux critères de la raison. Mais comment est-il possible que la passion favorise l’empire de l’imagination ? Un individu en proie à la passion est « préoccupé » : il a perdu la capacité de discernement. Le cercle se referme. Il est vicieux.

La jalousie, dans les deux sens du terme (vers Les deux sens de jalousie), constitue une passion particulièrement puissante, puisqu’elle a trait aux marques de la possession — et tout particulièrement de la possession amoureuse. De plus, elle s’avère tributaire d’une composante fondamentale de la vie psychique : le crédit accordé au système signifiant. Le jaloux, en refusant sa confiance aux signes, est un être déséquilibré, proie facile pour les passions. Et, à leur tour, les passions, dans leur virulence, ébranlent les facultés de la raison et amenuisent la capacité de discernement de celle-ci. Autre cercle vicieux.

Telles sont les conceptions émanant du milieu qui gravite autour de Madeleine de Scudéry Dans la conversation de 1686, la jalousie est accusée de : « renverser la raison déjà affaiblie par l’amour, de pervertir même les sens, et de causer des illusions chimériques »

Cela s’entend, bien sûr, quand on connaît le rôle de l’imagination : « Un véritable jaloux […] ne voit ni n’entend les choses comme elles sont, et renversant l’ordre de la nature, qui fait souvent que les sens séduisent l’imagination, la jalousie fait au contraire que l’imagination séduit les sens, et les bizarres effets qu’elle produit quelquefois tiennent plus de l’enchantement que du dérèglement d’une passion violente » (ibidem).

CB




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