Le monde d'Artamène

Ovide


Ovide, poète latin des premiers siècles avant et après J.-C, est surtout connu pour ses Métamorphoses et son Art d’aimer. Parmi ses autres œuvres, on trouve aussi les Héroïdes, recueil de poèmes en forme de lettres d'amour échangées par des couples légendaires (Paris et Hélène, Pénélope et Ulysse, etc.).

Ainsi, le poème 15 est constitué d'une lettre de Sapho à Phaon, parti en l’abandonnant, sans lui dire adieu. Sapho y revient sur l'amour intense qui existait entre elle et Phaon et l'état desespéré dans lequel elle se trouve désormais, ce qui la poussera à se jeter d'une falaise. Ce poème a manifestement fourni quelques traits essentiels du personnage scudérien de Sapho. En effet, il contient des indications biographiques sur la poétesse, ainsi qu'une description physique de cette dernière.

Dans le Grand Cyrus, l'Héroïde 15 a été traitée de la même manière que les textes en prose (Hérodote, Xénophon, Pline), selon le principe général d'utilisation des sources : d'une part, certains détails ont été repris presque mot pour mot - c’est le cas de la description de Sapho qu’on retrouve dans le portrait de la poétesse du Grand Cyrus dans la partie 10, livre 2.

D'autre part, certains éléments ont constitué le point de départ de développements plus longs dans le texte du roman. Ce phénomène est visible, par exemple, dans le rôle attribué au voyage en Sicile dans l'amour entre Sapho et Phaon. Dans le poème d’Ovide, Sapho se lamente d'avoir été abandonnée par Phaon, parti pour cette île : « Maintenant de nouvelles proies s’approchent de toi : les jeunes filles siciliennes. Que représente Lesbos pour moi ? Je voudrais être Sicilienne. »

Le rôle néfaste de cette île est repris dans le Grand Cyrus : la Sicile présente un obstacle à l’amour entre Sapho et Phaon, puisque ce dernier y tombe amoureux d’une « belle stupide » avant de rencontrer Sapho, et qu’il retourne auprès d’elle pendant son exil.

Les Héroïdes d'Ovide ont été traduites plusieurs fois aux XVIe et XVIIe siècles, notamment par Du Perron, de la Brosse, de Ligendes et Hedelin (1) et par Claude Gaspar Bachet (2). Le texte était donc tout à fait accessible à quelqu'un qui, comme on le suspecte pour Madeleine de Scudéry, ne maîtrisait pas les langues anciennes

(1)Les Épistres d'Ovide, traduites en prose françoise par les Srs Du Perron, de La Brosse, de Lingendes et Hedelin, Paris, 1618

(2)Les Epitres d'Ovide trad. en vers françois avec des remarques par Cl. Gaspard Bachet, sieur de Meziriac , Paris, 1632

JR




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