Le monde d'Artamène

Les sources antiques dans la Clélie


Comme dans le Grand Cyrus, des sources antiques sont abondamment utilisées dans d’autres romans des Scudéry, notamment la Clélie (1654-1661). L’action est située cette fois à l'époque de l'avènement de la république romaine (fin du VIe siècle-début du Ve siècle avant J.-C). La source principale des données historiques, utilisée de la même manière qu'Hérodote, est l'Ab Urbe condita de Tite-Live.

De même que celui de l'historien grec, ce texte avait fait l’objet d’une traduction de Pierre Du Ryer en 1653 (1) - soit un an avant la parution de la première partie de la Clélie - dont certains passages sont pratiquement retranscrits.On le constate notamment au début de l’histoire de Tarquin le Superbe :

Clélie partie 1, livre 2 (2) Mais en y (à Rome) arrivant, Lucumon eut un présage heureux, qui a été su de toute la terre ; aussi présupposant que vous avez appris ce qui lui arriva étant assis dans un chariot avec Tanaquil, je ne vous dirai pas avec exagération comment il vit un grand aigle qui en planant doucement vint lui prendre une espèce de chapeau qu’il avait, selon la coutume des Toscans, et qui après l’avoir porté aux nues, vint le lui remettre sur la tête. Mais je vous dirai comme Tanaquil était toscane, et qu’elle était très savante en augures, elle eut une si grande joie de cet heureux présage, et qu’elle s’assura tellement qu’il serait suivi de favorables effets, qu’elle dit à son mari en l’embrassant, qu’il n’était point de grandeur si élevée qu’il ne dût espérer après ce qui lui venait d’arriver.

Tite-Live I, 34 Comme ils approchaient du Janicule, Lucumon sur son char et Tanaquil à côté de lui, un aigle s'abattant avec lenteur, enlève le bonnet qui couvre la tête de Lucumon; puis reprenant son vol et planant avec de grands cris au-dessus du char, il s'abat de nouveau, et, comme s'il eût été chargé de ce soin par les dieux, vient replacer le bonnet sur la tête de l'étranger. Il se perd ensuite dans les nues. Tanaquil, savante, comme tous les Étrusques, dans l'art d'expliquer les prodiges célestes, reçut, dit-on, ce présage avec transport. Elle embrasse son époux; elle veut qu'il s'abandonne aux plus magnifiques espérances; qu'il considère l'espèce de l'oiseau, la région du ciel d'où il est descendu, le dieu dont il est le messager : elle ajoute que le prodige s'est accompli sur la partie du corps la plus haute; que l'ornement dont les hommes couvrent leur tête n'a été enlevé un instant de la sienne que pour y être replacé ensuite par la volonté des dieux.

Tite-Live n’est pas le seul auteur ancien à avoir été utilisé comme source dans la Clélie : on trouve aussi des passages inspirés par exemple par Plutarque, Pline, Polybe ou Denys d’Halicarnasse.

Outre ces auteurs antiques, il semblerait aussi que, de même que dans le Grand Cyrus (c'est le cas, par exemple, pour la Bataille de Thybarra), les Scudéry se soient inspirés de textes contemporains. C. Morlet-Chantalat (3) rapproche certaines parties de la bataille d’Arsie à des passages du récit de « La prise de Villefranche capitale du Conflans par les troupes du Roi… » figurant dans la Gazette de 1654.

JR

(1) Les Décades de Tite-Live avec les supplémens de I. Freinshemius sur le mesme auteur de la traduction de P. Du Ryer, Paris: chez Antoine de Sommaville, 1653

(2) M. de Scudéry, Clélie, histoire romaine, édition critique par C. Morlet-Chantalat,Paris, 2001, première partie, p. 312

(3) Op. cit., partie III, p. 532 ss.




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