Le monde d'Artamène

Les Muses


Deux Muses figurent dans la série des frontispices allégoriques, au cœur et en clôture du roman (fr. 5 et fr. 10). Peu individualisées, elles sont susceptibles de se prêter à différentes identifications.

La première Muse joue de la lyre et foule aux pieds une trompette. Ces deux attributs permettent de voir en celle-ci Clio, Calliope, Euterpe ou encore Uranie, sans toutefois l’assimiler à aucune Muse en particulier. Le choix de la lyre au détriment de la trompette est intéressant : attribut d’Apollon, dieu de la poésie, la lyre évoque l’harmonie et l’inspiration divine, tandis que la trompette, instrument de la Renommée fait davantage référence aux batailles et à la guerre. Faut-il voir dans le choix de la Muse pour la lyre et son dédain pour la trompette, un désaveu du genre épique duquel se revendique pourtant le roman au cœur du Grand Siècle ? La lyre serait alors symbole d’une littérature pacifique et civilisée, qui ne chercherait plus sa perfection dans la représentation de l’exploit guerrier, mais dans celle du raffinement du cœur et de l’esprit. Ce détail prend tout son sens à la lumière de la production littéraire ultérieure de Madeleine de Scudéry, qui exalte constamment la paix au détriment de la guerre (voir aussi Apollon bâtisseur de murailles).

Le rejet de la trompette en tant qu’attribut de la Renommée entre également en résonance avec l’attitude de l’une des héroïne du roman, Sapho, poétesse de talent qui préfère toutefois le repos et l'anonymat à une réputation contraignante (voir Une Renommée dangereuse). Or, la Muse qui orne le frontispice de la dixième partie du roman, est susceptible d'être identifiée à Sapho, aussi appelée « la dixième Muse ».

BS




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