Le monde d'Artamène

Femmes illustres


La répartition traditionnelle des qualités entre les sexes – émotion, faiblesse, passivité féminines vs esprit, force et action masculines – connaît une première véritable remise en question au cœur du XVIIe siècle, du moins en apparence. La vogue des recueils apologétiques, exaltant des qualités féminines, est emblématique de l’évolution de la réflexion sur le rôle des femmes au sein de la société de l’Ancien Régime. La Gallerie des dames illustres, de François Grenaille (1642), Les Femmes illustres ou les Harangues héroïques, publié sous le nom de Georges de Scudéry (1642 et 1644), La Femme héroïque du père Jacques Du Bosc (1645) ou encore La Gallerie des Femmes fortes du père Pierre Le Moyne (1647) sont autant d’œuvres qui, par la lettre et l’image (les recueils sont souvent pourvus de gravures) élaborent des représentations de femmes exemplaires.

Or ces œuvres, sous-tendues par une rhétorique encomiastique et ostentatoire, ne semblent pas avoir été suivies de conséquences immédiates dans les mentalités et dans les faits. En outre, dans la lignée salésienne, les vertus exaltées par les auteurs, ecclésiastiques en particulier, sont avant tout celles qui caractérisent l’épouse et la mère idéale (humilité, chasteté, amour conjugal, don de soi, dévotion). En ce sens la femme illustre est érigée en allégorie désincarnée de valeurs morales et religieuses. Sa représentation n’engage aucunement l’image d’une femme indépendante et active.

Le recueil élaboré par Madeleine et Georges de Scudéry mérite toutefois une attention particulière.

Les femmes illustres, relevant de l’Antiquité classique, de la littérature épique ou romanesque, et non plus de l’histoire chrétienne, prennent une place particulière aux côtés des autres héroïnes du XVIIe siècle. Le choix formel des harangues permet en outre aux héroïnes de faire entendre leur voix. Certainement lues dans un contexte mondain, ces harangues devaient susciter des débats, ainsi que le souligne Catherine Pascal :

Maîtresses de la parole dans un discours monologique où elles revendiquent d’être libres, responsables et parfois même coupables de leurs choix et de leurs actes, les femmes deviennent alors aussi maîtresses d’un jeu d’esprit dans les débats qui suivent ce discours ; érigées en arbitre d’élégances à la fois morales et intellectuelles, elles deviennent par là même créatrices de nouvelles formes d’héroïsme féminin.(1)

Or la représentation du féminin dans les romans de Madeleine de Scudéry est en étroite relation avec la réflexion concernant les femmes illustres. Dès la première édition (1642) figurent dans le recueil deux harangues prononcées par des femmes qui deviendront des personnages importants du Grand Cyrus : des Harangues au Grand Cyrus, Panthée et Sapho mobilisent en effet l’attention de Madeleine de Scudéry. En outre Lucrèce, ainsi que Clélie (dont la Harangue de Cloelia à Porsenna intègre le recueil dans sa seconde édition en 1644), constitueront des personnages importants dans la Clélie.

BS

(1) Catherine Pascal, « Les recueils de femmes illustres au XVIIe siècle », communication à la journée d’Etude de la SIEFAR : Connaître les femmes de l’Ancien Régime : la question des recueils et dictionnaires (Paris, juin 2003), p. 8.




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