Le monde d'Artamène

Différence sociale


Parmi certaines histoires intercalées du Grand Cyrus, différences sexuelles et différences sociales se font écho. De même que Madeleine de Scudéry ne se prononce jamais pour une émancipation féminine totale, elle ne prône aucunement le nivellement des classes sociales. Elle aborde toutefois cette thématique de manière nuancée en s’interrogeant sur l’influence de la différence sociale sur la relation amoureuse. La différence sociale constitue en quelque sorte une métaphore pour l’inégalité entre les sexes.

Ainsi, Philoxipe réagit d’abord négativement lorsqu’il découvre que la seule femme qu’il est susceptible d’aimer, Policrite, est une « fille de Village » (texte). Se remémorant l’une des conversations sur la beauté devant les tableaux représentant Venus Uranie, il se sent d’abord puni d’être attiré par une personne de basse condition, avant de se ressaisir en essayant de transcender cette différence en amenant Policrite à la cour.

De même, promotions et chutes sociales scandent l’ « Histoire de Sesostris et Timarete ». Suite à des troubles politiques, l’accession au trône d’Egypte connaît des incertitudes. L’identité du monarque est en effet tributaire d’un message gravé sur des tablettes (texte), dans lequel l’effacement d’une lettre laisse précisément planer le douter sur le sexe de l’héritier royal. Cette lettre équivoque bouleverse les vies de Sesostris et Timarete, tous deux élevés dans un univers pastoral, ignorant leurs véritables origines. La fortune élève ainsi successivement Sesostris au rang de prince, le laissant croire que sa bien-aimée Timarete n’est qu’une simple bergère, avant de révéler au détriment de son amant que celle-ci est la fille du roi Amasis. A tout moment, Sesostris se montre prêt à braver l’ordre social, privilégiant la relation amoureuse. Au contraire, Timarete, qu’elle soit bergère ou princesse, se montre respectueuse des conventions, prête à sacrifier son amour sur l’autel de la bienséance.

Si les happy end scudériens garantissent la restauration l’égalité sociale au sein des couples (Policrite, s’avère être la fille de Solon, tandis Sesostris et Timarete découvrent qu’ils sont tous deux de noble extraction), les amants auront auparavant mis en œuvre différentes stratégies pour compenser, voir dépasser cet obstacle. Paradoxalement, les héroïnes de Mlle de Scudéry témoignent d’une bienséance irréprochable, prêtes à se soumettre à tout moment aux contraintes sociales. La romancière laisse en revanche aux hommes le soin de lutter contre les inégalités. Madeleine de Scudéry manie ainsi avec subtilité les conventions pastorales pour questionner la différence entre femmes et hommes par le biais de l’interrogation sur la condition sociale.

BS




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