Le monde d'Artamène

De Diane à Panthée


Dans l'« Histoire d'Abradate et de Panthée » (V,1), les futurs époux font connaissance lors d'une partie de chasse, durant laquelle « Toutes les Dames qui en devoient estre, estoient habillées comme on peint Diane : sinon qu'ayant un peu plus de soin de leur beauté, que cette Deesse qui mesprise la sienne » (texte). La médiation picturale préside au rapprochement symbolique entre Diane et Panthée, de même qu’entre Sapho, Oenone et les Muses (voir Portraits peints et identités plurielles). Evoquée durant une partie de chasse mondaine, qui fait en outre l'objet d'une gravure d'illustration (pl. 13), la figure sévère de la déesse chasseresse, réputée pour son voeu de chasteté, connaît une inflexion galante. Elle demeure néanmoins emblématique de la retenue féminine en matière de rapports amoureux.

La comparaison entre la reine de la Susiane et la déesse de la chasse invite à voir dans le frontispice du tome 6 (fr.6), qui représente Diane, une figuration symbolique de Panthée, d'autant que les vêtements et la coiffure sont similaires à ceux de Panthée, telle qu'elle est représentée sur la planche 13. Or le suicide de la jeune femme, réponse à la mort héroïque d'Abradate sur le champ de bataille, intervient précisément dans la partie du roman qui s’ouvre sur l’image de Diane.

Tant que Panthée arborait symboliquement les attributs de cette Diane mondaine, elle était libre d’entretenir des relations amicales et sereines avec son entourage. De fait, les festivités organisées par Abradate en l’honneur de sa bien-aimée nimbent, dans l'histoire intercalée, la rencontre des deux amants d’une aura galante et enjouée, et retardent le dénouement tragique de l'histoire. Bien qu'il s'agisse d'un mariage d'amour, l'union conjugale de Panthée constituera cependant en quelque sorte un désaveu du modèle de Diane, attachée à sa liberté. En ce sens, cette donnée du sujet s’oppose à la réserve scudérienne à l’égard de l’union conjugale (voir mariage forcé et mariage d'amour). Par ailleurs, peu après la célébration des noces, Abradate part à la guerre: il s'agit-là d'un autre élément de l’histoire que la romancière, hostile à la guerre (voir Apollon bâtisseur de murailles), ne devait certainement pas cautionner. Reste en frontispice la figure de Diane, qui semble dénoncer l'abandon de la liberté et l'inutilité de la mort des amants.

BS




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