Le monde d'Artamène

Conversations sur le rôle des femmes au sein de la relation amoureuse


Le rôle de la femme au sein de la relation amoureuse est souvent mis en question par le biais de conversations, qui tendent au final à suggérer la souveraineté de la volonté féminine.

L’enlèvement est considéré comme le crime le plus impardonnable perpétré à l’encontre de l’intégrité féminine. Les nombreux rapts, dont Mandane fait l’objet, donnent un jour lieu à une conversation sur les enlèvements des femmes par leurs amants (texte). Toute la compagnie s’insurge contre les hommes qui commettent de tels crimes. Toutefois Doralise nuance le propos : si quelques femmes n’avaient cédé à leur ravisseur, les hommes ne se sentiraient pas encouragés à en venir à de pareilles extrémités. Elle loue avec d’autant plus de vigueur la fermeté de Mandane qui préfère voir l’Asie en armes plutôt que de pardonner à aucun des hommes qui l’ont enlevée.

Le mariage forcé constitue également une violence à l’encontre de la dame. Celle-ci doit-elle supporter sans rien faire l’indifférence d’un amant qui lui a été imposé ? C’est ce dont s’insurge Thrasimede, amoureux d’Arpalice, laquelle est promise à Menecrate qui la délaisse : « Mais comment est-il possible, disoit-il en luy-mesme, qu'une Personne aussi belle qu'Arpalice, puisse se resoudre à se marier, sans estre aymée de celuy qui l'espousera ? » Menecrate a en effet perdu au jeu le portrait de sa fiancée. Cet épisode donne lieu à une conversation enjouée sur les galants et les mariages arrangés (texte). Or Menecrate changera d’attitude en voyant qu’Arpalice s’éprendre de son rival Thrasimede. On demande à Cyrus de prononcer un jugement dans cette affaire. Après avoir écouté les deux amants, Cyrus se prononce en faveur de Thrasimede, contre les mariages arrangés. Ce jugement suscite une conversation sur les pères qui contraignent leurs enfants au mariage, et les dangers d’une telle attitude (texte).

Si la plupart des dames du Grand Cyrus sont favorables au mariage, certaines, telle Doralise ou Sapho, 'nouvelle héroïne', manifestent une certaine réticence. Elise, quant à elle, affiche ouvertement son hostilité. Pour elle, le mariage constitue « une terrible chose ». Il signifie absence de liberté, assujettissement et perte de la santé et de la beauté. Elle profite d’une conversation générale sur le mariage (texte) pour énoncer son opinion. Elle s’insurge en effet contre les deux seules alternatives offertes aux dames : le mariage ou le couvent, « soustenant qu'on ne pouvoit rien dire de plus outrageant pour le Sexe dont elle estoit, que de croire qu'il faloit un Mary, ou des Murailles fort hautes et fort espaisses, pour conserver leur vertu ».

Une conversation (texte) enfin, qui réunit les Sept Sages, ainsi que les princesses de Corinthe et des Lindes, aborde la question de la réciprocité en amour. Si les hommes peuvent sans honte aimer sans être aimés en retour, pourquoi les dames, mêmes les amantes éconduites, ne jouiraient-elles pas de ce même droit ? « Les Dames ont-elles le coeur different de celuy des honmes ? », telle est peut-être l’une des questions centrales du Grand Cyrus, et de l’œuvre de Madeleine de Scudéry.

BS




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