Le monde d'Artamène

Conversations sur l'instruction féminine


La question de l’instruction des femmes constitue une préoccupation majeure de Madeleine de Scudéry, qui transparaît également en filigrane de certaines conversations du Grand Cyrus (voir également Conversation et condition féminine).

A la suite d'une journée passée en compagnie d’autres dames, Lysidice et Lyriane s’etretiennent en privé du caractère rédhibitoire de la conversation exclusivement féminine. L’enjeu est de taille : l’inanité de la conversation féminine (texte) confirmerait-t-elle le topos de l’infériorité des femmes par rapport aux hommes ? C’est du moins l’impression qui se dégage de l’entretien des deux jeunes femmes. Le propos se nuance toutefois par la suite : certaines femmes sont plus spirituelles que d’autres, et les bagatelles ont droit de cité dans une conversation, à condition que l’on ne leur confère qu’une importance minime. Lysidice en particulier clame toutefois sa préférence pour la discussion des hommes. Or son avis mérite une prise de distance : le personnage de Lysidice est en effet décrit comme profondément variable et cyclothymique, au point que son entourage entier en souffre. Elle fait partie des femmes extravagantes. Elle est par conséquent capable à tout moment de revenir sur ses opinions.

L’ « Histoire du Banquet des Sept Sages » (IX, 2) constitue une véritable réflexion sur la participation des femmes à la culture. La présence inédite de trois femmes – Melisse, sa fille Cleobuline et la princesse Eumétis, ainsi que leurs dames de compagnie – lors de cette rencontre par définition masculine suscite quelques réticences. Le philosophe Chilon en particulier hésite à prendre part au banquet, mais se laisse convaincre par la réputation favorable de ces illustres invitées. Celles-ci participent activement à la conversation, et la princesse Eumetis propose une énigme (texte). Les Sages semblent confondus, à l’exception de Solon qui se tait par galanterie. Periandre invite le lendemain toute la compagnie dans sa sublime demeure près de la mer pour un banquet. Le dîner se déroule très civilement. Les dames participent aux conversations qui ont trait, entre autres, aux monarchies, aux république ou aux des vertus des princes. Après le dîner, la conversation s’oriente vers des matières plus élevées, la définition du Temps, de la Lumière, de la Vérité (texte). La bienséance incite alors les dames à se retirer, bien qu’elle « pussent parler de toutes choses ». Les dames sont rejointes par Esope et rencontrent d’autres dames dans le jardin. On aborde des questions d’amour (voir également les conversations sur le rôle des femmes au sein de la relation amoureuse) qui donnent lieu à la narration d’exempla. Cette brillante journée s’achève sur une conversation abordant le sujet des amantes éconduites, au cours de laquelle Esope défend la liberté féminine en matière d’amour.

Il incombera à Sapho, 'nouvelle héroïne' de prononcer des jugements impartiaux sur la conversation et l’instruction féminine. L’illustre poétesse est en effet consciente que l’ennui qui se dégage de la compagnie de certaines femmes tient avant tout à l’oisiveté dans laquelle elles ont été maintenues durant leur jeunesse, et nullement à la prétendue infériorité intellectuelle de la femme par rapport à l’homme. Bien qu’elle-même n’échappe pas à certains stéréotypes liés à la différence des genres, Sapho se bat pour « dénaturaliser » les injustices les plus flagrantes et permettre aux femmes d’accéder à la culture. Son histoire est jalonnée de conversations liées à la question de l’éducation des femmes (conversation sur les inconvénients d'être une femme instruite (texte), conversation sur l'éducation des femmes (texte), catalogue des conversations ennuyeuses (texte)).

BS




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