Le monde d'Artamène

Cicognini


Giacinto Andrea Cicognini (1606-1649) est un auteur de théâtre florentin auquel sont attribuées plusieurs dizaines de pièces, ressortissant à des genres divers. Un certain nombre de celles-ci ont fait l’objet de « réductions » dans des spectacles de commedia dell’arte, comme l’attestent plusieurs scenari des XVIIe et XVIIIe siècles. La fortune posthume de Cicognini a ainsi été assurée par la faveur qu’ont rencontrées ses créations dans le milieu des comédiens professionnels italiens. C’est cette faveur qui explique aussi sans doute la postérité française de certaines de ses œuvres : deux de ses pièces jouent un rôle essentiel dans l’intrigue et le contenu de deux comédies de Molière (voir Molière et la jalousie). Son Convitato di pietra (première édition en 1671) sera utilisé pour la composition de Dom Juan ou le Festin de pierre (1665, première édition en 1682). Ses Gelosie fortunate del principe Rodrigo (L’heureuse jalousie du prince Rodrigue) (première édition connue en 1654) sont la source de Don Garcie de Navarre, pièce créée en 1661, mais publiée seulement en 1682, dont plusieurs passages seront repris dans Le Misanthrope.

L’intrigue des Gelosie fortunate est la suivante.

Rodrigo et Delmira, issus de deux familles royales différentes, sont liés d’une relation amoureuse réciproque. Le seul obstacle à leur union est le tempérament jaloux de Rodrigo, qui l’amène à soupçonner continuellement Delmira d’infidélité, à chaque fois que des circonstances équivoques laissent planer un doute.

La première occasion est créée par une lettre équivoque (une seule des deux moitiés de la feuille déchirée est parvenue à Rodrigo) qui fournit le motif du soupçon et de la scène de jalousie qui s’ensuit.

Seconde occasion . Rodrigo surprend Delmira dans une situation suspecte de rédaction d’un écrit. Delmira, devant le trouble de son amant, se résout à lui montrer le contenu innocent de la lettre destinée à une duchesse de ses amies.

Troisième occasion : Rodrigo aperçoit Delmira en conversation avec un mystérieux cavalier. Il l’accuse d’infidélité, avant de découvrir que l’inconnu n’était autre que son frère.

La quatrième méprise est similaire, mais le cavalier, qui a poussé l'audace jusqu’à embrasser Delmira, s’avère être cette fois une amie de celle-ci déguisée en homme.

A chaque fois, Rodrigo, confronté à des indices équivoques, fait porter son choix sur l’interprétation la plus défavorable. A chaque fois, il s’engage ensuite auprès de Delmira à ne plus succomber à la jalousie. A chaque fois, il retombe dans son travers. Les injonctions du philosophe Teobaldo, qui engage Rodrigo à mettre un terme à son amour pour se défaire de sa jalousie, n'y font rien. De méprise en méprise, l’intensité augmente. Lors de la dernière d’entre elles, Rodrigo, mis en demeure par Delmira d’accepter le témoignage de bonne foi de son innocence sans chercher à connaître l’identité du mystérieux cavalier ou, s’il persiste à vouloir s’enquérir , de renoncer à tout jamais à son amour, opte pour le second terme de l’alternative. Quand il découvre qu’il a soupçonné à tort Delmira et que, par conséquent, il l’a désormais perdue, il choisit de mourir (dans les faits, Delmira lui accordera une fois de plus son pardon).

Le canevas des Gelosie fortunate sera repris par la suite dans les spectacles du Théâtre Italien de France.

CB




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