Le monde d'Artamène

Bataille de Thybarra


Dans son ouvrage sur La Société française au XVIIe siècle d’après le Grand Cyrus de Mlle de Scudéry, Victor Cousin affirme que plusieurs récits de batailles du roman sont de simples transpositions de relations militaires réelles du XVIIe siècle. Ainsi, la bataille de Thybarra (partie 5, livre 3) ne serait autre que la bataille de Lens que mena en 1648 le prince de Condé contre les Espagnols. Pour étayer cette thèse, il cite abondamment un texte publié au XVIIIe siècle dans une biographie du prince de Condé rédigée par Pierre Coste(1). Celui-ci dit tirer le récit qu'il fait de la bataille de Lens d’un manuscrit que lui aurait transmis un employé de l’hôtel de Condé. Le texte aurait été corrigé par le prince lui-même. Les Scudéry, proches de Condé, auraient eu accès à ce texte à l’époque de sa rédaction.

Vérification faite, la ressemblance entre les deux textes est tout à fait frappante. On retrouve chaque mouvement de bataille, chaque ordre de Cyrus/Condé, chaque description. Seules quelques phrases différencient les deux récits. De plus, non seulement le contenu thématique est identique, mais aussi le vocabulaire utilisé et parfois même jusqu’à la syntaxe d’une phrase. Ainsi, la question rhétorique dans le Cyrus à la page 3489, partie 5, livre 3 :

«Mais qu'eust il pû faire au déplorable estat où il se voyoit ? Cresus aussi bien que luy, donna beaucoup de marques de courage, sans pouvoir non plus que ce Prince, trouver de remede à son malheur. Il voyoit ses deux Aisles rompües, et son Corps de Bataille enfoncé. »

est posée, dans des termes similaires, par Coste, p.117 :

« Mais que pouvait-il faire, ses deux ailes étant rompues et son corps de bataille enfoncé ? »

Un autre point intéressant est la présence dans le texte de Coste d’un épisode qui, dans le Grand Cyrus semble avoir été extrait du récit de Xénophon. En effet, la Cyropédie (VII, 40-45), mentionne un bataillon d’Egyptiens qui reste seul sur le champ de bataille et qui, au lieu de livrer le combat, se regroupe et tente de se protéger. Ces mêmes Egyptiens refusent de se battre dans le Grand Cyrus, p.3490. Dans le texte de Coste (p.118), ce ne sont bien entendu plus des Egyptiens, mais les derniers fantassins qui se rassemblent en « gros hérissé de piques et de mousquets ». Cela rappelle que Xénophon disait de ses Egyptiens qu’ils faisaient un cercle, de sorte que « leurs armes fussent vuës par dehors » (voir les trois textes sur les Egyptiens).

Pour consulter les passages du récit de Coste correspondant au texte du Grand Cyrus, cliquer sur le lien proposé ci-dessous :

-Pierre Coste, Histoire de Louis Bourbon (extrait)

(1) Pierre Coste, Histoire de Louis Bourbon, 1748, 3e éd.

JR




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