Artamène ou
le Grand Cyrus


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Le Règne d'Astrée
Molière 21

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« Retraite, signifie aussi, Maison, logis où l’on demeure. Secessus, commoratio. Retraite, signifie donc encore un asile, un lieu retiré, une demeure solitaire. Retraite, se dit aussi d’une separation du commerce du monde, soit par principe de piété en s’enfermant dans un Couvent, soit par amour de la solitude pour mener une vie privée, & retîrée, &c. Secessus, recessus. Retraite, signifie aussi un lieu de refuge où l’on se met en sûreté.»

A cette définition de la retraite font écho celles du mot solitude (ne désignant pas seulement un état d’âme, comme en français moderne, mais un lieu) et de l’adjectif solitaire :

« Solitude : Lieu désert, & inhabité, ou séparé du monde. Locus desertus, solus, solitudo. Il s’est bâti un petit hérmitage dans une agréable solitude. Les déserts de la Thébaïde étoient d’affreuses solitudes. Quelle difference y-a-t-il entre la mort & la retraitte, entre la Solitude, & le tombeau ? S. Evr. Il y a des solitudes sauvages qui donnent un repôs délicieux, qui charment les peines des Amans, & qui enchantent les maux des misérables. Id.». « Solitude, est aussi une séparation du commerce des hommes; être seul. Separatio, secretio, secessus». « Solitaire, se dit aussi des lieux peu fréquentez, sauvages, & qui sont éloignez du commerce du monde. Locus desertus, eremus » .(1)

Si ces définitions rendent compte de la polyvalence du terme « retraite » à laquelle vient se greffer celle du terme « solitude », comme l’écrit, à ce sujet, Bernard Beugnot dans son étude pionnière, « les lexicologues ne recueillent encore qu’une partie de l’héritage de leur temps » (2). Artamène illustre, en effet, au-delà des sens et des citations répertoriés dans Le Dictionnaire Universel, la richesse toponymique et polysémique que recouvre le concept de retraite.

Dans le vocable scudérien, les espaces « clos » des palais et des jardins (cabinets de lecture, de verdure, bocages, labyrinthes, grottes), les demeures champêtres, anachorétiques et sépulchrales placées dans un décor bucolique, désignent divers types de retraite et de solitude. La configuration de ces espaces, inspirée du mythe d’Arcadie, se caractérise par la présence de contrastes rhétoriques opposant les topoi du locus amoenus/ locus terribilis (topographie de la retraite et son symbolisme), cour et solitude, « société civile » et « sauvage demeure », tumulte et repos, raffinement et rusticité, sociabilité et fuite du monde, etc. Danse rhétorique des contraires qu’annule cependant un lexique chargé d’affectivité, servant à qualifier et valoriser l’espace physique de la retraite, comme en témoignent les expressions suivantes : « aymable solitude », « belle solitude » « aymable desert » (3), « aymable lieu », « prison agreable », « agreable grotte ».

A des fins narratives, esthétiques, moralisantes et peut-être même protoféministes dans sa représentation de la retraite féminine, Scudéry explore toutes les possibilités que lui offre l’espace physique de la retraite. Espace clos, ou du moins espace d’apparence inaccessible, la retraite est souvent cruciale au développement des intrigues amoureuses: elle peut être en effet le lieu d’intrusions et de transgressions, déclenchant des scénarios familiers, dans lesquels tous les sens sont mis en éveil (la vue, l’ouïe, le toucher) et les émotions exarcerbées (le désir, la jalousie, la colère, etc). Elle est aussi le théâtre de l’intériorité, à travers lequel Scudéry y dessine une cartographie de l’âme et des passions humaines.

(1)Antoine Furetière, Dictionnaire universel, contenant généralement tous les mots françois tant vieux que modernes, et les termes des sciences et des arts (1690). Corrigé et augmenté par M. Basnage de Beauval: et en cette nouvelle édition, revû, corrigé et considérablement augmenté par M. Brutel de la Rivière, 4 vols, La Haye:P. Husson, 1727.

(2) Le Discours de la retraite au dix-septième siècle: loin du monde et du bruit, Paris: Presses Universitaires de France, 1996, p. 16.

(3) Le mot « désert » s’emploie, au dix-septième siècle, couramment dans le sens suivant : « signifie à contre-sens […] quelque jolie maison lors des grands chemins, & éloignée du commerce du monde » (Furetière)

SGK



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