Artamène ou
le Grand Cyrus


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Le Règne d'Astrée
Molière 21

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Thomiris, une anti-héroïne


Thomiris, reine des Massagettes, figure au premier rang des amantes éconduites dans Le Grand Cyrus. Outrepassant l’incongruité des actions de certaines femmes extravagantes, le tempérament impérieux de ce personnage suscite une fascination trouble. En marge des normes de bienséance, Thomiris est une figure d’héroïne négative, dont la présence ou la simple évocation menacent l’ordre établi. Thomiris déjoue en effet sur plusieurs plans les attentes du lecteur. Elle présente des décalages intéressants par rapport aux héroïnes du XVIIe siècle, s’opposant en particulier à la « femmes parfaite ». L’importance de ce personnage se mesure également par le fait que Thomiris fait l’objet de trois illustrations dans le roman.

Thomiris s'éprend de Cyrus, alors que ce dernier se rend auprès d'elle en qualité d’ambassadeur de Ciaxare, afin d'établir les fondements d’un accord matrimonial entre le roi de Cappadoce et la reine des Massagettes. Or Thomiris n’envisage pas un seul instant les avantages politiques qu’une telle union, qui évoque le mariage forcé, serait pourtant susceptible de lui procurer. Elle se distingue alors du héros juvénil par son âge et sa situation sociale : lorsqu’elle s’éprend de Cyrus, elle est âgée de vingt-neuf ans, veuve et mère d’un fils de quinze ans. Au moment où elle prend conscience de l’univocité de ses sentiments, elle va abuser de son pouvoir royal, dans l'espoir de combler ses aspirations sentimentales.

La figure de Thomiris intervient ponctuellement au fil du roman, irascible et vindicative. Son spectre hante l’esprit de Cyrus à la suite d’un oracle : « Je la voy, je la voy, cette Amante ennemie, Resveiller sa haine endormie, Et plonger dans le sang la teste d'un Heros: Rien ne peut empescher sa mort infortunée, Voila quelle est sa destinée, Et par là seulement, tu dois estre en repos». Cet oracle fonctionne comme une prolepse fallacieuse du dénouement, puisque selon la tradition, Cyrus meurt, décapité par Thomiris. Or c’est précisément dans le dénouement du roman que la reine des Massagettes joue un rôle de premier plan. Elle n’hésite pas à recourir à la calomnie et fomente la guerre, en publiant dans les deux Scythies que Cyrus agit par ambition militaire, et que Mandane n’est qu’un prétexte (IX, 2).

La singularité de Thomiris se manifeste également à travers son agilité au combat. Au détour d’un bois son chemin croise celui de son amant, et le héros est contraint de se battre contre l’amazone. La bataille est âpre, mais Cyrus parvient à prendre la fuite. Cette scène, opposant manu militari Cyrus à une femme a fait l’objet d’une gravure dans le roman.

L’ire de Thomiris croît lorsqu’elle se persuade à tort que Cyrus a attenté à la vie de son fils Spargapise. Aveuglée par sa rage et son désarroi, la reine des Massagettes refuse de voir, devant le cercueil de son fils, que vérité coïncide avec apparences et évidence. Cette scène pathétique figure également parmi les illustrations du Grand Cyrus.

La fureur de Thomiris atteint son paroxysme dans la fameuse scène de la décollation, également illustrée dans le roman . Or Madeleine de Scudéry a subverti cet épisode hérité de l’Antiquité. Selon Hérodote, Thomiris fait décapiter Cyrus avant de plonger par trois fois sa tête dans une cuve remplie de sang. En 1645, le père Jacques du Bosc reste encore fidèle à la tradition : dans son recueil de femmes illustres, intitulé La Femme héroïque, une gravure de François Chauveau, l’illustrateur du Grand Cyrus, représente « Thomiris victorieuse de Cyrus », présidant à la décollation de ce dernier et prononçant les paroles suivantes : « Boy maintenant a ton ayse du sang humain, dont tu as esté si alteré ». Dans le roman de Madeleine de Scudéry, la reine des Massagettes est également persuadée de mettre à mort Cyrus. Or en réalité elle condamne Spitridate, le sosie de son bien-aimé.

Le personnage de Thomiris, dans Le Grand Cyrus, est en tous points une figure de l’excès : martiale et virilisée, cette reine omnipotente et victorieuse de Cyrus en combat singulier, incarne également de manière hyperbolique l’abdication de la raison devant la passion, faiblesse traditionnellement féminine.

BS



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