Artamène ou
le Grand Cyrus


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Le Règne d'Astrée
Molière 21

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Poétique de la description


Madeleine de Scudéry n’est pas avare, dans ses œuvres, de détails concernant sa pratique de romancière. Si la réflexion poétique des Scudéry sur le roman est déjà amorcée dans la « Préface » d’Ibrahim (1641), Madeleine développera par la suite certains points dans quelques conversations du Grand Cyrus (1649-1653), de Clélie (1654-1660) et de La Promenade de Versailles (1669). Les protagonistes de ses fictions s’intéressent et dissertent volontiers sur la meilleure façon de raconter une histoire, d'insérer une conversation, de réaliser un portrait, mais aussi de décrire un lieu. Ces passages permettent ainsi de dégager une véritable théorie scudérienne de la description.

La description s’inscrit pleinement dans la tradition rhétorique du XVIIe siècle, empruntée à la tradition antique. Elle est considérée par les auteurs comme une ornementation au service du placere et docere prescrit par Horace. C’est bien ce qui apparaît dans cet extrait d’une conversation de La Promenade de Versailles comparant les descriptions historiques et romanesques :

«[…] il est encore plus permis à ceux qui inventent [les romanciers] de faire des descriptions qu’aux Historiens car les premiers doivent principalement travailler pour instruire et les autres doivent seulement divertir en instruisant. Joint qu’à parler en général, les descriptions bien faites apprennent toujours quelque chose à ceux qui les lisent, en représentant les objets, sinon tels qu’ils sont, au moins tels qu’ils devraient être, pour produire un grand et noble effet, outre qu’elles remplissent l’esprit d’idées agréables.» (1)

L’auteure souligne donc l’importance de l’instruction et du divertissement dans l’art de la description. Cette même idée est déjà mise en avant dans Le Grand Cyrus, où les Scudéry questionnent, par la bouche d’Aglatonice, le bien-fondé de la description topographique dans la conversation mondaine (Conversation entre Aglatonice et Iphicrate). Aglatonice se moque des voyageurs qui ennuient leurs interlocuteurs avec des histoires abracadabrantes qui n’en finissent plus et des détails inutiles. Peu lui importe en effet « qu’en tel lieu il y a une Riviere qui se jette dans un Abisme, & qui ressort à cent stades de là : qu’en un autre on trouve des Montagnes qui sont au dessus des Nuës : qu’en Egipte le Grand Prestre a diverses Tuniques, avec des Franges & des Houpes tout à l’entour … ». Iphicrate défend, quant à lui, le droit à exposer ses expériences viatiques. Son discours souligne cependant qu’il convient de le faire à certaines conditions seulement :

«Mais ce que je soustiens Madame, est que la plus agreable estude qu’on puisse faire sont les voyages : & qu’une des plus divertissantes choses du monde, est d’aprendre du moins par le recit d’un homme d’esprit, ce qu’il y à de rare & de digne d’estre remarqué en tous les lieux où il a esté : pourveû qu’il le die sans affectation, & sans s’estendre sur des choses peu divertissantes & peu necessaires.» (Cyrus, p. 6279)

Une bonne description doit donc obéir à la doctrine de la « juste médiocrité » déjà énoncée dans la définition d’un art du roman proposée par la « Préface » d’Ibrahim. Le style doit être naturel (sans affectation) et le divertissement du lecteur est primordial, ce dernier reposant sur une certaine retenue (sans s’étendre), sur le choix des informations (divertissantes et nécessaires) et sur l’identité mondaine du voyageur (homme d’esprit).

Une lecture des descriptions spatiales du Grand Cyrus prenant en compte ces paramètres est fructueuse. Elle permet de comprendre le travail d’écriture de Madeleine de Scudéry qui assure l’instruction du lecteur grâce à l'apport des géographes et historiens antiques, garantissant ainsi l'exactitude géographique des renseignements topographiques, tout en les passant à travers le filtre d'une esthétique baroque pour le plus grand plaisir du lecteur (voir topographies et merveilleux baroque).

SC

(1) M. de Scudéry, La Promenade de Versailles, Paris, Honoré Champion, 2002, p. 69; nous soulignons.



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