Artamène ou
le Grand Cyrus


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Le Règne d'Astrée
Molière 21

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Paysages intérieurs


La retraite n’est pas seulement entité géographique. Elle est aussi espace intérieur dont les contours épousent souvent ceux d’une nature en mouvement. Au cours du roman, l’auteur offre un palimpseste d’expressions créant un réseau d’analogies conventionnelles entre errances physiques et introspectives, dont la rêverie de Thrasimèdefournit un exemple clef. La spatialité du moi est essentiellement accentuée par le rapport établi entre les activités physique et mentale de la promenade que résume d’un trait cette expression d’Arpalice : « se promener des yeux ». Scudéry introduit des variations, en inversant les syntagmes, par lesquelles elle définit la rêverie comme étant une promenade intérieure. La formule de Thimocrate « la promenade ne servoit qu’à resver » suggère, en effet, la fonction introspective de la flânerie. Plus loin, il ajoute, cependant, une nuance: « je fis plustost un voyage qu'une promenade » (III, 1453) . En préférant le terme « voyage » à celui de « promenade », il émet une distinction quantitative, par laquelle il souligne l’intensité de ses émotions, mais aussi sa cécité, aveuglé qu'il est par son amour pour l’indifférente Telesile. Au deuxième volume, dans la scène où Cyrus reprend le chemin avec l’ espoir de revoir Mandane, il marche en retrait de ses amis : le monde extérieur que constitue la présence de ses compagnons s’éclipse sous le signe de la négation, derrière le pouvoir imposant de l’imagination et de la rêverie (texte).

C’est peut-être dans le billet d’Amestris à Aglatidas, au début du roman, qu’ est marquée, de façon plus explicite, l’analogie entre l’espace physique de la retraite et l’intériorité du sujet (texte). Si cette missive est, dans la trame narrative, objet de méprise opposant apparences et évidence, dans le discours théorique que Scudéry fait de la retraite tout au long de son oeuvre romanesque, elle semble porter en germe les prémices de ce que l’on pourrait appeler un manifeste de la sensibilité pré-romantique. Cette lettre, qu’il serait, en effet, tentant d’intituler d’après ce vers de Verlaine, « Mon âme est un paysage choisi », reflète l’attitude des personnages, en quête de solitude. La promenade, associée à une humeur mélancolique devient habitude, par exemple, chez Artamène qui « bien aise de pouvoir entretenir sa mélancolie, alloit ordinairement se promener au bord d’une petite rivière » (II, 1, 861).

L’« itinérance » des héros dans un paysage bucolique, renvoyant à la thématique « topographie de la retraite et son symbolisme », n’est cependant pas toujours associée à une rêverie chargée d’une douce mélancolie; elle peut être associée à l’exercice d’une « imagination remplie de choses tumultueuses ». Le paysage de flammes, de ruines, du déchaînement des éléments naturels, sur lequel s’ouvre le roman, sert de fond de toile à la première « promenade melancholique » d’ Artamène que ses pas, portés par sa passion pour Mandane, guident vers le « bord de la Mer ». Qualifiée par Artamène d’« inexorable », « cruelle » et « barbare », parce qu’elle a emporté Mandane, la mer apaisée a laissé l’empreinte de ses eaux agitées sur le coeur du héros. Le calme de la mer, métaphore du repos, centrale au discours de la retraite, s’oppose ici aux mouvements d’âme de celui qui la contemple. A travers cette première scène, Scudéry met ainsi en place un dispositif d’associations pouvant être soit synonymiques soit antinomiques (qu’elle exploitera tout le long du roman) entre promenade, repos, rêverie et mélancolie. En effet, le repos peut être une stratégie recherchée par le personnage pour mieux s’isoler, pour mieux « se percécuter luy-mesme »: le repos peut donc être « feinte » (2091), animé de « cruelles agitations », comme l’illustre la scène où Cyrus et ses compagnons, surpris par l’arrivée soudaine de la nuit, finissent par « s’égarer dans une forêt de Cyprès […] fort obscure ». On assiste ici à la fusion poétique entre éléments naturels et la noire mélancolie qui envahit le personnage. Par la magie des symboles qu’évoquent la nuit et la forêt dans l’imaginaire collectif, Scudéry transmue ce décor, « générateur d’angoisse » (1), en paysage intérieur.

Dans un autre épisode, où Artamène « contraint de donner quelques heures au repos », elle passe à un autre registre de retraite intérieure, celui du subconscient, à savoir « cette partie de l’âme [qui est] accoutumée d’être errante et legere » (3505-6). En faisant faire à Artamène des « songes » non « agreables », en lui faisant apparaître Mandane en rêve, ou encore ce qu’il croira être des « hallucinations », Scudéry traduit l’intérêt nouveau au dix-septième siècle que suscitent à la fois le pouvoir de l’imagination et la région mystérieuse des songes.

(1) J. Chevalier et A. Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, 2nd ed., Paris : Robert Lafont, 1982, p. 455 (article « forêt »)

SGK



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