Artamène ou
le Grand Cyrus


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Le Règne d'Astrée
Molière 21

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Passage du Ginde


Les quelques lines du roman racontant le passage du Ginde (partie 2, livre 1) sont très révélatrices à l'égard de la méthode scudérienne d’utilisation des sources. En effet, cet épisode provient du texte d’Hérodote - il est très clair que les auteurs du Grand Cyrus se sont inspirés de la traduction de Pierre Du Ryer. Cependant, certains détails diffèrent dans les deux textes :

G.C p. 915 : «Car il trouva que ceux qui avoient fuy devant luy à diverses fois, avoient repassé la riviere du Ginde : qui descendant des Montagnes Mantianes, passe au travers des Dardaniens : et se va décharger dans le Tigre, pour s'aller rendre avec luy dans le Sein Persique».

Hdt, I,189 : « Quand Cyrus avec ses troupes fut arrivé sur le rivage du fleuve de Ginde, qui descendant des montagnes Mantianes, passe au travers des Dardaniens, & se vient décharger dans le Tigre, qui traverse la ville d'Opis, & se va perdre dans la mer rouge (…)»

On constate, à la lecture de ce passage, que le texte des Scudéry suit de près la traduction de du Ryer, à la réserve du nom de la mer où se jette le fleuve. Le texte grec d’Hérodote nomme cette dernière mer Erythrée. Ce nom antique recouvre la mer Rouge, le golfe Persique et la mer des Indes. Du Ryer a choisi de traduire ce terme par mer Rouge. Cela ne semble pas avoir convenu aux auteurs du Grand Cyrus, qui lui ont préféré l’expression de golfe Persique. Cette modification amène à penser que les Scudéry ont consulté une carte, sans recopier aveuglément le texte d’Hérodote.

Autre exemple :

G. C. : « Comme il fut revenu au bord, il y eut un de ces chevaux blancs, qui parmy nous sont consacrez au Soleil, qui sauta brusquement de luy mesme dans la riviere pour la passer, mais il y fut englouty. »

Hdt. : « Comme il consideroit de quelle façon il le pourroit traverser, un de ses chevaux blancs qui sont consacrez au Soleil parmi les Perses, sauta brusquement dans la riviere, & s'efforça de passer à l'autre bord, mais la force de l'eau l'emporta & l'engloutit en même temps. »

L’information sur les chevaux consacrés au Soleil ne figure pas dans le texte grec d’Hérodote où on apprend uniquement qu’ils sont sacrés.

Cyrus décide alors de modifier le cours du fleuve :

G. C. : « Enfin il proposa la chose et l'executa ; et en huit jours il fit faire un travail si prodigieux, que tous les Siecles en parleront avec estonnement. Car amusant tousjours les Ennemis par sa presence au bord de cette riviere, il fit faire un grand rampart de terre pour cacher ses Pionniers aux Assiriens, afin qu'ils ne vissent pas ce qu'ils faisoient : et ayant fait aprofondir cent soixante Canaux qui aboutissoient à ce Fleuve ; il fit cent soixante petits ruisseaux, d'une fort grande riviere. »

Hdt. : « Ensuite il traça au cordeau de chaque côté de la riviere cent quatre-vingts canaux, qui commençoient sur le rivage, & les fit creuser par ses gens. Veritablement il acheva cet ouvrage, mais bien qu'il eût grand nombre d'ouvriers, neanmoins il employa tout l'Eté dans cette entreprise. Ainsi Cyrus se vengea du fleuve de Ginde en le distribuant en trois cens soixante canaux, & quand le Printemps fut revenu il continua son voyage contre les Babyloniens (…) »

Ici, à nouveau, on constate plusieurs divergences : le Cyrus des Scudéry accomplit un travail extraordinaire en huit jours, n’ayant pas le temps d’y consacrer toute une année, comme le fait le Cyrus d’Hérodote, puisqu’il doit secourir Mandane. Autre point de désaccord : le texte grec d’Hérodote raconte que Cyrus creusa « cent quatre-vingt ruisseaux orientés en tous sens », c'est-à-dire trois cent soixante ruisseaux, comme le traduit du Ryer. Etonnamment, ce chiffre se transforme dans le Grand Cyrus en cent soixante, le mot « trois » ayant été supprimé.

Cet épisode est suivi de près de la prise de Babylone où l’utilisation des sources est également particulière.

JR



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