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Le Règne d'Astrée
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Mythe d'Arcadie


L’Arcadie, région montagneuse de la Grèce ancienne, devenue terre mythique de la paix et du bonheur, que l’imaginaire collectif assimile aux décors virgiliens des Bucoliques (inspirées des Idylles de Théocrite), retrouve ses lettres de noblesse à travers les romans de la Renaissance, dont L’ Arcadie (1504) de Sannazar et celles de Sidney (1580 et 1590). Son souvenir se dilue dans les paysages bucoliques de la Diana (1559) de Montemayor, de Galatea (1585) de Cervantès et de l’Astrée (1607-27) d’Honoré d’Urfé. Tandis que l’univers de la cour y est transposé dans un cadre pastoral où bergers, bergères, nymphes, princes et princesses s’y côtoient, dans le roman scudérien, le travestissement des personnages princiers en bergers et bergères (voir « l’Histoire de Sesostris et de Timarete ») est rare et les personnages pastoraux et mythologiques (emblèmes d’innocence et de simplicité) appartiennent plus souvent à l’univers des divertissements mondains. Scudéry retient de ses lectures pastorales (outre la complexité des intrigues) la fonction sociale de la retraite idyllique, espace privilégié des conversations polies et amoureuses.

Le mythe d’Arcadie dans le roman scudérien se présente sous deux formes, celle de la retraite arcadienne, située dans le paysage vallonné, montagneux d’une nature tantôt joyeuse, tantôt effroyable, à l’accès difficile, et celle de la retraite mondaine, maison de campagne donnant vue sur des étendues champêtres et des jardins élaborés s’ouvrant sur des parterres de curiosités botaniques et des espaces « sauvages ». Cette dernière symboliserait la « nouvelle Arcadie des années 1650 » (1). Créant l’illusion d’un âge d’or, telle le « si agreable Bocage le long de la mer » que Periandre choisit pour recevoir ses hôtes, la solitude d’un « aymable lieu » devient le berceau arborescent et floral des rencontres et conversations galantes, associant retraite et sociabilité. Dans ce locus amoenus, transmué en version féminocentrique des discussions savantes dans le roman académique du seizième siècle italien (2), « le paysage et l’architecture privée contribuent à donner à l’entretien sa note, sa qualité esthétique et affective » (3).

Néanmoins, en maintes occasions, à travers notamment la scénographie de fêtes galantes, dont l’esthétique repose sur la rhétorique de la feinte et de l’illusoire, la retraite scudérienne révèle la fragilité du mythe arcadien, « rêverie fantasmée d’une retraite idyllique » (4) à l’abri de toutes vicissitudes. Dans la trame narrative, le « constant bonheur de civilité » (5) qui règne, par exemple, dans la retraite de Sapho est terni, une fois la solitude retrouvée, par les nouvelles du monde, telles les lettres de Phaon dont la lecture trouble la quiétude de l'héroïne (texte). L’heureux dénouement de cet épisode n’est possible que parce que Phaon accepte de partir loin de Mytilène avec Sapho en un pays où les lois d’Amour sont inviolables. De même, dans la version la plus proche du modèle arcadien, l’île des bergers, présentée comme retraite idéale pour la sûreté et le bien-être de la famille princière exilée, où naîtra l’idylle de Sesostris et de Timarete, Scudéry altère la vision idéalisée de l’innocence et de la pureté morale des bergers d’Arcadie : Amenophis doit s’assurer de la fidèlité d’un berger au moyen d’une forte récompense. L’île dépeuplée, à la suite d’une épidémie, sert alors de fond de toile pastoral à une éducation exemplaire, qui requiert cependant de l’argent et l’intervention d’une dame lettrée (Edesie) et qui a une fin politique et sociale: préparer les deux héros à la vie de cour. Aussi idyllique que puisse paraître leur vie autarcique, on est donc loin d’une Arcadie mythique, atemporelle, d’où est absente toute référence aux nécessités matérielles et aux contingences du monde extérieur. Exil politique, la retraite pastorale correspondrait ici à l’image cartésienne de l’Arcadie en ce qu’elle introduit l’urgence de l’action (6).

En explorant les diverses facettes de l’idéal arcadien dont découle le rêve pastoral d’une société en quête de bonheur et dont sont imprégnés la topographie de la retraite et son symbolisme, Scudéry engage un dialogue avec ses contemporains qui aboutit à une dense réflexion, au cours du roman, sur les thèmes qui y sont rattachés, parmi lesquels: la rêverie, le repos, la sociabilité, et les rapports complexes qu'entretiennent retraite, amour et héroïsme.

(1) P. Dandrey, « La Fontaine, poète arcadien », in A. Soare (ed.) Actes de Montréal, Et in Arcadia Ego, Actes du XXVIIe Congrès Annuel de la North American Society for Seventeenth-Century French Literature, Montréal 20-22, 1996, p. 79.

(2) Voir F. Lavocat, Arcadies malheureuses: aux origines du roman moderne, Paris: Honoré Champion, 1998.

(3) B. Beugnot, Le Discours de la retraite, p. 170.

(4) Dandrey, ibid.

(5) Ibid.

(6) J. F de Raymond, « Ego Cogito »:le Mémorial de Descartes », in A. Soare, op.cit., p. 20.

SGK



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