Artamène ou
le Grand Cyrus


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Le Règne d'Astrée
Molière 21

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Monologues masculins


Si la promenade est associée, dans les conversations mondaines, au repos de l’âme, à l’otium, ou encore à la douce rêverie, dans l’espace narratif d' Artamène, elle engendre l’épanchement lyrique de la mélancolie masculine.

La retraite intérieure liée au thème de la promenade est, dès lors, incompatible avec la notion de repos. Elle devient, grâce au pouvoir de l’imagination, instance d’hypotypose, comme le renforce la réiteration du verbe « voir » dans le « monologue » que Cyrus adresse à ses deux compagnons (texte). Enchaînement d’actions au temps du présent, le récit de Cyrus, lieu où est revu et revécu chaque instant du drame, dont il a été un des acteurs, renvoie l’image d’un « je » accablé d’incomprehésion et de douleur, à l’idée d’avoir failli à son titre de héros: « par le nombre des choses qui m'y sont advenuës en si peu de momens, s'il faut ainsi dire, il est impossible de passer jamais aucun jour avec plus d'occupation mais aussi pour le peu d'utilité que je retire de cét employ, je ne pense pas que jamais personne ait si mal occupé sa vie ».

Les monologues masculins, se distinguant en cela des monologues féminins, se révèlent être l’espace discursif, voire dramatique de la remise en question de soi, du moi héroïque. A plusieurs reprises, ils rappellent le dilemme des héros cornéliens déchirés entre devoir et amour. Il en va ainsi de Cyrus/ Artamène (I et II) et de Cleandre (texte) découvrant leur veritable identité, tous deux amoureux de la fille de l’ennemi de leur père. Le monologue de Cyrus, que déclenche le rituel des sacrifices auquel Mandane participe pour remercier les Dieux de la mort présupposée de Cyrus, devient l’expression d’un « grand combat », d’un « tourment », d’une « inquietude » (188-190): l’examen sincère de son coeur évolue vers un jeu rhétorique de questions et de réponses, par lequel il essaie de se convaincre de la folie de sa passion, mais que destabilise aussitôt une envolée lyrique de brèves phrases antithétiques : « Mais helas ! adjoustoit il tout d'un coup, que dis-je ? et que fais-je ? je parle de liberté, et je suis chargé de fers : je parle de regner, et je suis Esclave ». Le combat intérieur, qui se poursuit, annonce la victoire de son cœur sur des considérations politiques. En effet, son monologue s’achève sur le constat de la compatibilité de l’héroïsme et de la passion, au moyen d’un tour de force rhétorique, par lequel Artamène rapporte au discours indirect, ce que lui dicte son interlocutrice, la raison : « Elle me dit secrètement, que cette belle passion est la plus noble Cause de toutes les actions héroïques : qu’elle a trouvé place dans le coeur de tous les Heros » (I, 2, 191). Le soulagement, que lui apporte cet argument fondé sur l’histoire de ses ancêtres, est répit momentané. Dans la seconde partie, il expose de nouveau l’incongruité de sa situation (617-8) : le dilemme cornélien entre devoir et amour est ici compliqué, comme dans le cas de Cleandre, fils de Cresus, en raison de sa double identité.

Le monologue dévoile ainsi une intériorité prise dans un tourbillon de contradictions qui, sitôt levées, sont suivies d’autres difficultés que rencontre tout héros scudérien, car celui-ci doit faire face aux raisonnements labyrinthiques de sa bien-aimée, soucieuse de bienséance. Le dilemme devient alors d’un autre type, celui du permis et de l’interdit dans le dédale rhétorique du rituel courtois, se révélant être un véritable parcours initiatique en amour, analogue à celui que proposent la retraite et les enchantements de Philoxipe ou le labyrinthe de Parthénie.

SGK



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