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Molière 21

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Molière et la jalousie


A la quatrième scène du second acte des Fâcheux (1661), Eraste, tout à l’attente de sa bien-aimée Orphise, est importuné par deux précieuses, sollicitant son arbitrage dans le débat qui les oppose : il s’agit de « savoir s’il faut qu’un amant soit jaloux » (v. 402). Une soixantaine de vers seront consacrés à l’exposé des positions divergentes. Eraste se tirera d’affaire en concluant que « Le jaloux aime plus, et l’autre aime bien mieux » (v. 466).

« Question d’amour » analogue à celles dont on aimait à disputer dans les salons (le lien entre les deux sentiments est d’ailleurs un sujet prisé (voir Amour et jalousie) de la casuistique mondaine amoureuse). Le comportement d’Eraste lui-même (sc. II et V) viendra, au reste, illustrer l’emprise étendue de la jalousie et les risques qu’elle fait courir au bonheur des amants.

La jalousie d’Eraste trouvait son origine dans l’interprétation erronée d’une attitude indifférente de sa bien-aimée Orphise. D’autres méprises provoqueront, dans les comédies de Molière, d’autres malentendus et d’autres occurrences de dépit amoureux. Jusqu’à la cascade de quiproquos qui donnera son ossature à l’intrigue du Cocu imaginaire : observation à distance d’une scène équivoque (comme dans l’histoire d’Aglatidas (voir Aglatidas et la jalousie), circulation d’un portrait (comme dans celle de Leontidas, l'amant jaloux), tout y rappelle la jalousie des amants scudériens ― perspective comique en plus : Sganarelle ferait tache parmi les galants grecs, arméniens ou persans.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : le motif moliéresque du mari jaloux doit bien moins à la vigueur d’une mythique tradition gauloise qu’à la prédilection des milieux mondains pour la « question du mariage », étroitement associée à l’émancipation féminine : les comédies de George Dandin (ou le Mari confondu), du Sicilien et de La Jalousie du Barbouillé, si elles exploitent le motif séculaire de la querelle conjugale, le réorientent dans la perspective du rejet comique du mari possesseur, jaloux et brutal, dont un des archétypes était l’Otane (voir jalousie d'Otane) du Grand Cyrus. Dans le même esprit, les « Maximes du mariage ou les devoirs de la femme mariée » de L’Ecole des femmes (1662) jouent de la révulsion que suscite la possession conjugale exclusive :

1re MAXIME

Celle qu’un lien honnête

Fait entrer au lit d’autrui

Doit se mettre dans la tête

Malgré le train d’aujourd’hui

Que l’homme qui la prend, ne la prend que pour lui.

Le jaloux fait horreur sous les traits d’Arnolphe. Mais ses apparitions moliéresques ne se limitent pas à la figure peu engageante du barbon possessif : Don Garcie de Navarre ou le Prince jaloux offre, comme son titre le laisse entendre, le modèle d’un héros brillant en proie à une jalousie irrépressible. Sur le modèle du Rodrigo de Cicognini, don Garcie se laisse duper à plusieurs reprises successives par les apparences trompeuses de l’infidélité de son amante. « Préoccupé » par les soupçons dont il ne peut se défaire, il en vient à perdre toute capacité de discernement. Car la jalousie est matière d’interprétation (voir Jalousie et interprétation, comme le démontrera encore Le Misanthrope, partiellement issu de Don Garcie de Navarre. Confronté à l’opacité de ce qui l’entoure, et particulièrement à celle des véritables sentiments de Célimène, Alceste fait preuve d’une suspicion extrême, qui l’amène à douter même des déclarations amoureuses de bonne foi

Mais qui m’assurera que, dans le même instant,

Vous n’en disiez peut-être aux autres tout autant ? (v. 507)

Hanté par l’existence de la « fausse monnaie » (celle qui résulte de la manipulation des signes), il exige une sincérité absolue, seule garante de la transparence (v. 71-72). A moins de discerner le « le fond [du] cœur » (v. 70), on ne pourra se départir du soupçon et, partant, de la jalousie. La sincérité exclut donc la complaisance, pourtant constitutive de la culture mondaine (voir Jalousie et valeurs mondaines) (le terme de « misanthrope » se traduirait en français contemporain par « asocial »).

En cela, le personnage d’Alceste et son histoire présentent de fortes affinités avec celui de Leontidas. Et de même qu’Aglatidas, Alceste est caractérisé comme atrabilaire mélancolique (voir Jalousie et mélancolie).

CB



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