Artamène ou
le Grand Cyrus


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Le Règne d'Astrée
Molière 21

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Mandane, une utilité narrative


Paradoxalement, l’héroïne principale du Grand Cyrus – Mandane, l’amante du héros – est également l’une des figures féminines les plus effacées. Sa description est en tous points conforme aux topoi physiques et moraux, et ses paroles et ses actes ne dérogent jamais à la vraisemblance interne du personnage. Or, Mandane rêvet toutefois une utilité primordiale : les violences perpétrées à son égard – les multiples rapts dont elle fait l’objet – permettent l’épanouissement de la narration.

Alors que la beauté est souvent présentée comme une beauté problématique, l’apparence physique de Mandane perpétue des topoi séculaires. Son portrait (texte) est esquissé à l’occasion de sa première rencontre avec Cyrus : de long cheveux blonds et bouclés, un teint de marbre, une bouche incarnate, de belles mains, un maintien élégant.

Le portrait idéalisant est confirmé par l’énumération des qualités morales de Mandane (texte), qui se trouvent dans un rapport de correspondance parfaite avec ses attraits physiques. Dépourvue d’affectation, d’orgueil et de vanité, Mandane fait preuve de compassion à l’égard d’autrui. Pieuse et vertueuse, elle est également spirituelle et instruite. Le portrait moral de Mandane, prononcé par un Mage, évoque certaines stratégies rhétoriques des recueils de femmes illustres : « En un mot, adjousta ce Mage, elle est la gloire de son Sexe, et presque la honte du nostre : tant il est vray qu'elle est au dessus de tout ce qu'il y a de Grand sur la Terre. » La contrepartie de cette description encomiastique est une certaine déréalisation de la femme. Mandane figure ainsi parmi les héroïnes du XVIIe siècle dans la catégorie des ‘femmes parfaites’, celles qui incarnent les vertus que la société patriarcale confèrent aux dames : chasteté, humilité, dévouement.

Son histoire d’amour avec Cyrus répond également aux conventions romanesques les plus traditionnelles. L’itinéraire sentimental des deux héros sera d’ailleurs malicieusement repris par Molière, placé dans la bouche de Madelon et Cathos, précieuses et ridicules.

Toutefois la figure de Mandane comporte quelques zones d’ombres intéressantes : la jalousie de Mandane aura en effet des conséquences importantes sur le déroulement de l’histoire. En outre une dimension ironique est présente dans la construction du personnage. Si celle-ci représente la médiatrice parfaite des valeurs héroïques mises en œuvres par Cyrus, elle se montre parfaitement consciente de son rôle dans les réussites militaires de son amant.

Enfin, sur le plan de la narration, le personnage de Mandane revêt toutefois une dimension fondamentale : ses multiples enlèvements par le roi d’Assyrie, Mazare, le roi de Pont ou encore Aryante, le frère de Thomiris, permettent à l’histoire-cadre du roman d’atteindre une longueur inégalée dans l’histoire de la littérature. Le dénouement constamment atermoyé permet le développement d’histoires intercalées dont l’inventio, subtile et variée, témoigne des véritables facultés littéraires de la romancière. La différence entre le caractère topique de l’histoire-cadre, dont Boileau n’aura de cesse de se moquer, et le foisonnement narratif des histoires intercalées invite d’ailleurs à considérer l’histoire de Cyrus et Mandane dans une perspective métadiégétique : le caractère par endroit exagérément convenu et invraisemblable de leurs aventures n’est-elle pas l’indice ironique d’une prise de conscience, de la part de la romancière, de l’essoufflement du roman héroïque, appelé à se renouveler par la dimension introspective de la narration, pratiquée dans les histoires intercalées ? Tout se passe comme si Le Grand Cyrus mettait symboliquement aux prises la tradition et l’innovation à travers les niveaux diégétiques distincts.

BS



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