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Le Règne d'Astrée
Molière 21

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Madelon et Cathos, précieuses et ridicules


Précisant dans la préface des Précieuses Ridicules que « les véritables précieuses auraient tort de se piquer, lorsqu’on joue les ridicules qui les imitent mal », Molière, comme Madeleine de Scudéry avant lui, s’attaque avant tout à l’imitation grotesque et caricaturale des femmes pédantes. Molière épingle en particulier deux défauts, source de comique, chez les « précieuses » (voir 'Précieuse', un qualificatif délicat) : la frilosité à l’encontre du mariage et la confusion que certaines lectrices, telles Madelon et Cathos, opèrent entre « réalité » et « fiction ».

La pièce débute alors que deux soupirants viennent de demander Cathos et Madelon en mariage. Déboutés à cause de leur franchise, ces derniers ont été renvoyés sans ménagement par les dames. Gorgibus, père de Madelon, tente de comprendre le comportement des deux jeunes femmes, qu’il soupçonne de libertinage. Il ne peut imaginer que ce sont au contraire de chastes idéaux romanesques qui expliquent l’attitude des deux cousines. Or Molière dénonce moins la revendication du célibat que la manière dont elle est effectuée. Cathos s’offusque en effet de la sorte : « je trouve le mariage une chose tout à fait choquante. Comment est-ce qu’on peut souffrir la pensée de coucher contre un homme vraiment nu ? » (Scène 4). Cette requête, évoquant la nudité, est en effet énoncée avec une véhémence qui contrevient à la bienséance et à l’idéal de retenue. Par conséquent, une « vraie précieuse » n’aurait jamais prononcé son refus du mariage en ces termes-là. Chez Madeleine de Scudéry, le mariage forcé fait également l’objet d’une réprobation. Or Sapho par exemple, s’exprime, au contraire de Cathos et Madelon, avec tact et mesure.

Dans les Précieuses Ridicules, le rejet du mariage s’explique par la confusion – d’autant plus comique qu’elle est portée à l’extrême - entre réalité et fiction. Madelon justifie en effet son refus en ces termes : « Mon Dieu, que si tout le monde vous [à Gorgibus] ressemblait, un roman serait bientôt fini » (Scène 4). « Monde » et « roman », c’est-à-dire réalité et fiction, vie et imaginaire sont mis sur un pied d’égalité, reçoivent la même validité ontologique. Madelon expose ensuite en détails les étapes qui selon elle doivent scander la relation amoureuse, avant que le mariage n’aboutisse : la rencontre des amants dans un temple ou une allée, la déclaration de l’homme, la première réaction faussement offusquée de la dame, le temps de la séduction, la déclaration à demi-mot de la dame, et surtout les épreuves et les aventures du couple, lesquelles sont selon elle indispensables, avant que la dame ne consente à épouser son soupirant. Or il s’agit bien sûr d’autant de lieux communs du roman au XVIIe siècle, exploités également dans le Grand Cyrus et la Clélie.

Bien que la pièce de Molière fasse référence de manière explicite aux romans de Madeleine de Scudéry, le dramaturge condamne moins la romancière, dont il partage certaines revendications (comme le rejet du mariage forcé), que les excès d’une lecture des oeuvre de fiction, aveugle et sans distance critique. Certes, la frontière qui sépare la biographie de l’activité littéraire de Madeleine de Scudéry est subtile, voir poreuse. Ses amis s’adressent à elle par son pseudonyme – Sapho -, qui fait écho à l’élaboration littéraire, par la romancière, de la vie de l’illustre poétesse grecque de l’Antiquité. L’ « Histoire de Sapho », insérée dans le dernier volume du Grand Cyrus, constitue en quelque sorte une « autobiographie fictive ». Toutefois, Madeleine de Scudéry, à travers la figure de Sapho, 'nouvelle héroïne' y dénonce précisément avec une véhémence et une tonalité comique qui annoncent Molière, les lectrices, telle Damophile, qui lisent des ouvrages sans les comprendre (voir [[Sapho vs Damophile]]).

BS



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