Artamène ou
le Grand Cyrus


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Le Règne d'Astrée
Molière 21

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Les deux tombeaux de Menestée


Les deux tombeaux de Menestée sont presentés au lecteur comme un lieu d’émerveillement qui suscite la curiosité des personnages, Mandane et Cyrus. Situés dans un paysage lumineux de rochers et de torrents, caractéristique du locus amoenus (texte), accessibles uniquement au prix d’une marche « tres-difficile », semblable à celle qui donne accès à la retraite anachorétique, ils symbolisent l’entrelacs thématique d’amor et mors que confirme la devise du tombeau : « l’amour et la mort m’ont basty ».

L’entrée dans cette retraite sépulcrale est identique à celle des héros pénétrant dans un locus amoenus, tel qu’il est décrit dans les romans pastoraux, en ce qu’elle est axée sur l’éveil des sens, auditifs, visuels, et olfactifs (5379-85). Cette retraite sépulcrale, miroir renversé des palais, où se déroulent les fêtes galantes, nous conduit aussi aux confins de plusieurs genres: sculpture, architecture et musique.

La visite de ce lieu funèbre qui, comme la grotte de Belesis, s’avère être d’une architecture complexe, commence par l’observation d’une statue représentant la Renommée en messagère de nouvelles dont la nature funeste est renforcée par l’attention portée et à son mouvement giratoire, symbolisant le passage du temps, et au « son gemissant, et pleintif » de sa trompette. L’ouië, immobilisant le regard sur l’instrument à vent, qui a « quelque chose de lugubre », est ainsi la première sollicitée. La vue, cependant, vient adoucir ce malaise au fur et à mesure que le regard se déplace : alors que le son de la trompette fait, ici, de la statue de la renommée l’emblème d’une triste destinée, sa sensualité (évocatrice des Grâces botticelliennes) serait comme un rappel de la beauté de la défunte (texte). Et tandis que le son mortuaire évoque l’image de l’obscurité, cette beauté sculpturale, pour reprendre les préceptes de la philosophie ficinienne, ne serait beauté que parce qu’elle transcende le regard et l’âme du spectateur par la lumière qu’elle diffuse.

Expérience synesthétique, cette visite de la retraite sépulcrale est ainsi construite autour de la poétique du chiaroscuro qui domine le tissu narratif d'Artamène (1). L’association entre beauté féminine et lumière est hautement suggérée non seulement par la description du cercueil où est renfermé le corps, mais aussi par sa position centrale. La géométrisation de l’espace est pareille à celle du locus amoenus dont le centre est souvent constitué d’une fontaine, symbole féminin par excellence dans l’imaginaire collectif (pensons aux Cantiques des Cantiques). Au principe de la vie et de la beauté qu’incarne la fontaine se substitue la lumière oxymorique du soleil couchant. L’analogie entre le topos de la fontaine et la féminité de cette retraite funéraire se déploie dans un jeu de correspondances littéraires et architecturales : comme dans les paysages pastoraux et les jardins baroques, figurent, dans un agencement parfait (avec ordre et proportion), des cupides et des statues de femmes, ici au nombre de douze, symbole numérique de perfection.

Cette visite se double d’une autre expérience, olfactive cette fois, à travers laquelle, sous le regard du spectateur, la retraite sépulcrale se métamorphose en jardin (texte). Pourtant cette oeuvre de perfection, aussi « agréable », qu’elle puisse paraître, ne peut tout à fait nous en faire oublier la nature funèbre: elle est l’envers des représentations dorées du mythe d'Arcadie. Celle-ci fonctionne, en effet, telle un souvenir littéraire surimposé sur le décor funéraire du tombeau : le regard du lecteur/visiteur se pose inexorablement sur des signes qui ont une certaine charge affective. Apparaissant sous différentes formes, sous forme d’abord écrite (la devise) puis sous forme scuplturale à travers l’humanisation des douze cupidons (« qui sembloient essuyer leurs larmes ») et des douze vertus (« qui sembloient pleindre et pleurer »), ces signes réveillent, par leur contenu, tristesse et compassion. En effet, cette retraite sépulcrale, tout comme celle accompagnant la mort de Panthée, a une fonction purement symbolique au niveau narratif, en ce qu’elle déclenche chez Cyrus et Mandane un processus d’identification : elle est à la fois le rappel des dangers politiques qui menacent leur idylle mais est aussi la métaphore de l’infaillibilité de leur amour. Comme dans un jeu d’ombre et de lumiere, la topique de l’amour tragique qui participe de la veine arcadienne de ces retraites sépulcrales servirait donc de contrepoint à l’heureux dénouement des tribulations des deux amants.

(1) Sherrie L. Saive-Hawkins, « L’Imagerie de la lumière et des tenèbres dans Le Grand Cyrus », Travaux de Linguistique et de Littérature, 23: 2 (1985), pp. 25-43.

SGK



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