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Le Règne d'Astrée
Molière 21

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Le labyrinthe de Parthénie


C’est peut-être dans « l’histoire de Parthénie et de Timante » (VI, 1) que le parcours initiatique du héros est le plus complexe, à l’image de la retraite que l’héroïne éponyme a fait construire sur le modèle d’un labyrinthe non loin de chez elle, inspiré de celui de Crète et d’Egypte et aménagé de telle sorte que l’égarement physique y devienne un voyage intérieur par le biais d’un décor propice à la rêverie et au repos (texte). Outre ses palissades et ses ornements de myrthe (arbuste qui figure parmi les symboles iconographiques de l’amour), son tracé complexe aboutit à un centre constitué « d’un agréable rondeau du milieu duquel part un jet d'eau merveilleux », emblème de proportion et d’harmonie, mais aussi de féminité et d’amour dans la littérature pastorale. Ce labyrinthe présente ainsi toutes les caractéristiques d’une retraite idyllique, pendant symétrique de la retraite anachorétique.

Le mythe du labyrinthe crétois est, de ce fait, subverti. Le symbole solaire qu’incarne le taureau de la légende est ici substitué par la présence de Parthénie, symbole de lumière (1). Ce que Timante, descendant de Thésée, devra vaincre, en s’égarant dans le labyrinthe, ne sera pas le monstre légendaire, mais son ardent désir de voir Parthénie dont le chant et la conversation l’ont charmé (texte). La complexité de ce parcours initiatique est essentiellement symbolisée par l’enchevêtrement des branches de myrthe rendant Parthénie invisible. Dans ce locus amoenus, ainsi que dans tout le reste de l’histoire, ce qui prévaut n’est pas la vue mais l’ouïe. A l’espace physique du labyrinthe, dont le héros sortira grâce à l’aide, non pas du fil d’Ariane, mais des serviteurs de Parthénie, correspond un parcours labyrinthique qui mènera Timante et Parthénie en deux autres lieux par l’effet du hasard.

Lors de la seconde rencontre, le jour de la fête des Adonniennes, l’image des branches de myrthe « tellement entrelassées » (3624) est relayée par celle d'« un voile plus espais que les autres » dont Parthénie, consciente des liens entre voyeurisme et beauté féminine, recouvre son visage. Beauté invisible, c’est sa voix de sirène qui la trahit et ravive la curiosité de Timante qui l’empresse de dévoiler son visage, son nom et son statut (3641-9). Parthénie refuse et émet les conditions qu’il devra respecter s’il veut un jour parvenir à son cœur. Timante ne tire de Parthénie que la promesse d’une assignation qu’elle ne tiendra pas (3655-8).

La troisième rencontre, qui a lieu, le soir de la course de chevaux, dans sa nouvelle retraite à Paphos, a pour cadre, un décor crépusculaire imprégné d’exotisme floral, conduisant à la rêverie et aux confidences : Timante, venu rêver dans la partie la moins « claire » du jardin, « berceau de Iasmin » (3666), sur lequel donnent les fenêtres de la chambre de Parthénie, surprend une conversation à son avantage entre sa belle Inconnue qu’il reconnaît à la voix et sa confidente Amaxite. Il se manifeste, mais Parthénie « abaisse » son voile aussitôt (3674). S’ensuit un dialogue entre les deux amants au cours duquel Parhénie renouvelle toujours les mêmes conditions devant l’empressement qu’a Timante de voir son « visage ». Cette troisième entrevue signe le début d’une série d’assignations qui correspondraient chacune à une section du fil que Parthénie, telle Ariane, déroule, pour lui faire connaître le chemin qui le mènera vers son cœur. Ces rendez-vous dont Parthénie désigne le lieu, choisit le décor, voire les personnages qui font office de double, constituent pourtant autant de « bizarre[s] voye[s ] » (3687) qu’elle met en place pour « esprouver [la] constance de [Timante] » (3701). Ainsi met-elle en scène une rencontre entre Timante et sa servante feignant d’être Parthénie (3703-9) et une autre entre Timante et elle-même, sans qu’il ne sache que la Princesse Salamis et son Inconnue font une (3743-9). Elle lui impose alors les affres de l’absence (3756): en se retranchant dans une nouvelle retraite, Parthénie s’emprisonne elle-même dans les dédales de son interprétation scrupuleuse de l’oracle de Delphes. Il faudra, pour interrompre cette complexe aventure, l’intervention d’un deus ex machina, ici le pouvoir patriarcal en la figure de Philoxipe, frère de Parthénie, et la complicité des amis des deux protagonistes. En conduisant Timante contre son gré à la demeure de la Princesse de Salamis, qui ignore elle-aussi tout du « complot », ses amis le mènent vers le « bel astre », comme vers le centre lumineux d’un labyrinthe. En lui dévoilant le visage de la belle inconnue, parée pour ce coup de théâtre final, par un stratagème d’Amaxite, ils mettent un terme à « l’éclipse du soleil » et au parcours initiatique de Timante.

(1)Pour une interprétation psychanalytique de ce personnage, voir Ruth Carver Capasso, « Sun, Veil and Maze: Mlle de Scudéry’s Parthenie », in Papers on French Seventeenth-Century Literature, 20:38, 1993, pp. 97-111.

SGK



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