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Le Règne d'Astrée
Molière 21

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La retraite et les enchantements de Philoxipe


Dans « l’Histoire de Philoxipe et de Policrite », le héros, s'étant retiré dans sa maison de campagne à Clarie, magnifique retraite où il peut à loisir savourer la vue de ses œuvres d’art, dont la peinture d’une Venus parfaite, éprouve, après la visite de ses amis, un désir de communier seul avec la nature: il se donne pour but la « merveilleuse Source » d’une rivière qui coule près de son parc. Commence une lente ascension dans un paysage de contrastes (texte), qui se caractérise, comme la retraite anachorétique, par son apparente inaccessibilité et inhospitalité, par son agitation tumultueuse des éléments d’un côté, et de l’autre par une nature évocatrice du mythe d'Arcadie, « joyeuse » (celle de « si belles cascades »), le murmure des torrents, la présence de saules et de prairies, symboles de la retraite pastorale. Au terme de son ascension dans ce temple mythique de la nature, le héros est frappé par « une merveilleuse apparition », qui, comme surgie d’une toile de maître (texte), ressemble étrangement à la Vénus exceptionnelle de sa galerie (voir voyeurisme et beauté féminine). L’expérience que fait Philoxipe est comparable à celle décrite par les disciples de Ficin : « les amants s’attachent uniquement à une image (simulachrum), saisie par les yeux, mais transformée par le desir et l’exigence de la beauté, qu’ils identifient à une image intérieure préexistante ». (1). En effet, très vite, il perd de vue la jeune femme. Celle-ci, ayant fui à son approche, se mue dans l’esprit de Philoxipe en « phantome agreable » et devient l'objet d’une contemplation obsessionnelle, par le biais des peintures de Mandrocle (texte). Cette première ascension dans cette solitude arcadienne ne serait ainsi que le début d’un parcours initiatique en amour, constitué de cinq étapes similaires à des enchantements. La nature, en cette occasion, se révèle être à la fois traitresse et protectrice (texte), faisant de la « belle inconnue » un être inaccessible. Le héros doit faire ses preuves et surtout ne pas forcer le destin (texte).

Ses rêveries le guideront sur le chemin qui mène vers un temple et où il rencontre, pour la seconde fois, la jeune femme et Cleanthe. Echange de politesses entre ce dernier et Philoxipe hypnotisé par la beauté de Policrite, cette rencontre, qualifiée de « si agreable Enchantement » (1187), marque la première intrusion du héros dans la vie de cette famille solitaire. La bienséance le pousse, cependant, à ne pas encore adresser la parole à Policrite, et la raison à renoncer à une personne qui est manifestement de plus basse condition que lui. Son cœur en dit autrement, et deux jours plus tard, il entre dans le temple. Cette courte scène constitue un troisième ravissement des sens, soit l’irréversible enchaînement du coeur de Philoxipe, que provoque de nouveau la vue de Policrite : « cette derniere veüe acheva de le vaincre » (1189). Le lendemain, il parvient au troisième plan de ce paysage de retraite « sauvage » teintée d’exotisme édenique (texte). Il y découvre la « petite habitation champêtre », où vivent Policrite et sa famille. Cette solitude se lit ainsi comme une mise en abyme de retraites. Le quatrième enchantement, celui qu’exerceront la civilité et le raffinement d’esprit de Policrite sur le cœur de son prétendant, a lieu dans la cour de l'humble demeure (1193-8). Quant au dernier enchantement, il coïncide avec l’entrée de Philoxipe dans l’univers familial sous l’égide de Cleanthe : « mais dieux, que Philoxipe retrouva Policrite belle ce jour là, et qu’elle acheva puissamment de luy gagner le coeur » (1202). L’ajout de l’adverbe « puissamment », pour distinguer ce dernier enchantement du troisième, suggère que Philoxipe est maintenant parvenu à la fin de son itinéraire initiatique. Il n’est plus l’insensible Philoxipe que raillaient quelques semaines plus tôt ses amis.

Viennent alors faire obstacle à la réalisation de son amour les contraintes de la bienséance. L’heureux enchantement se transforme en redoutable mise à l’épreuve des émotions de Philoxipe, comme celle des héros « enchantés » par une Armide ou une Melissea dans les romans de la Renaissance. Le retour, quelques mois plus tard, à la cabane de Policrite que le mélancolique Philoxipe, accompagné du Roi, trouvera désertée, signe le début d’un renversement favorable de la fortune du héros – qu’emblématise la lettre de Policrite adressée à Philoxipe (texte), dans laquelle l'héroïne révèle son statut social, sans toutefois être explicite. Enfin, l’arrivée de son vieil ami Solon à Clarie finit de briser le mauvais enchantement : la révélation de la vérité met presque fin aux tourments de notre héros qui peut maintenant prétendre, sans aller à l’encontre de la bienséance, au coeur de sa belle, fille du législateur.

(1) André Chastel, Marsile Ficin et l’art, Genève: Droz, 1996, 3ième ed., p.131.

SGK



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