Artamène ou
le Grand Cyrus


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Le Règne d'Astrée
Molière 21

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La retraite,lieu d'intrusions


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Théâtralité de la retraite: lieu d’intrusions

Lieu clos, la retraite est paradoxalement un lieu de passage où se joue le destin des personnages : associée à la naissance de l’amour engendrée par la vue d’un « bel objet » (voyeurisme et beauté féminine), la retraite, lieu d’intrusion, est aussi investie d’une veine théâtrale.

La retraite est en effet le théâtre de surprises galantes organisées à l’insu de l’hôtesse, telles la collation de Belesis dans la maison que Cleodore a l’intention de lui faire visiter (V), ou le concert de Phaon dans les jardins de Sapho (X), destinées autant à émerveiller la compagnie qu’à charmer le coeur de leur bien-aimée.

Elle renferme des objets (lettres, poèmes, billets galants, portraits) qui servent de ressort à l’intrigue: les tablettes de Callicrate (VI), le portrait miniature d’Arpalice (VI), le billet galant de Thrasimède dans un cabinet solitaire (VI), le poème d’amour de Sapho que subtilise Phaon tourmenté par la jalousie (X), etc. sont autant d’accessoires dont la fonction est celle de mettre à l’épreuve les émotions des personnages. Pour Cyrus qui devra surmonter sa jalousie à la vue d’une lettre du Roi de Pont, adressée à Mandane dans une langue que celle-ci ne connaît pas, cette mise à l’épreuve, lors de la visite des deux tombeaux de Menestée, est d’autant plus cruelle qu’il se voit contraint d’en révéler le contenu à Mandane. Si la lecture de cette lettre a pour fonction de consolider le pacte de confiance entre les deux amants, le plus souvent, la jalousie est difficilement contrôlée et peut déclencher des scénarios comiques, comme celui où Phaon, lisant le poème de Sapho, s’évertue à lever l’anonymat de l’heureux amant qui a gagné le coeur de la poétesse.

La retraite est aussi le théâtre de rencontres secrètes qui suscitent la curiosité d’une oreille indiscrète ou arrêtent l’attention d’un amant égaré : tout comme les objets qui tombent sous un regard intrusif, de telles rencontres déclenchent parfois un enchaînement de malentendus inextricables et des coups de théâtre mettant fin aux tribulations des héros en peine de coeur. Certaines scènes, comme la fausse confidence d’Agénor à son rival dans une grotte, ont des conséquences « fâcheuses » (VI), d’autres, au contraire, comme la confidence de Sapho à Cydnon (X) que Phaon surprend alors qu’il est caché derrière un bosquet, se scellent sur un dénouement heureux.

Le topos de la retraite permet à l’auteur d’explorer notamment le comique des situations, comme, par exemple, la scène d’une confidence atypique entre deux femmes d’un tempérament opposé (Parthénopée et Aglatonice, (6258-9) et l’épisode de la rêverie de Thrasimède?.

Parthénopée qui invite Aglatonice à venir avec elle dans un jardin solitaire afin de converser à loisir, d’emblée, donne le ton de la scène : ce n’est pas le chant des Rossignols qu’elle veut entendre mais ce que sa compagne a à dire sur les raisons qui la poussent à préférer un homme stupide (Chrysippe) au détriment d’un homme de bon sens. Les deux amants arrivent à pic pour la démonstration de Parthénopée. Aglatonice assiste alors à son propre procès sous la forme d’une farce où l’ironie bat son plein.

L’épisode du bel inconnu assoupi (4096-9) est la mise en scène du voyeurisme au féminin qui est l’occasion d’un scénario dont la saveur anticipe celle d’un film muet comique. Avec l’aide de ses trois complices, Arpalice, digne d’un personnage de commedia dell’arte, reprend son portrait. A son réveil, au lieu des quatre jeunes filles en fleur, ce sont quatre soldats qui sont présents sur les lieux du « crime » (4107). Thrasimède, les entendant « railler », les accuse d’avoir volé son portrait. Sa méprise serait le fait d’un « mauvais songe » d’après les quatre faquins. En ne contant pas le rêve de Thrasimède, Scudéry subvertit l’archétype littéraire du « héros endormi », associé à la relation d’un songe qui, dans l’ Hypnerotomachia, transporte Poliphile dans un univers fantasmagorique d’abord infernal puis paradisiaque. Scudéry transpose, ainsi l’expérience onirique de Poliphile, dans la réalité vécue de Thrasimède. Tout comme la rencontre de Poliphile avec cinq nymphes effacera le souvenir de ses mésaventures en enfer, le déplaisir de Thrasimède sera compensé par sa rencontre avec la belle Arpalice.

De telles aventures qui ont lieu dans le cadre idyllique de la retraite ajoutent, pour le moins, du piquant au roman-fleuve. Pas seulement l’occasion de relations de fêtes galantes ou de visites imaginaires dans de beaux « déserts », transportant les habitués du salon dans un univers familier, la retraite est aussi le lieu de divertissements cocasses, qui témoignent de cet « esprit de joie » qui règnait alors dans les ruelles.

SGK



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