Artamène ou
le Grand Cyrus


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Le Règne d'Astrée
Molière 21

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La mort de Panthée


L’expression la plus tragique de la retraite sépulcrale est sans nul doute la scénographie de la mort de Panthée (VI), évoquant, dans une certaine mesure, celle de Parthenia dans New Arcadia (1590) de Philip Sidney (1). Cette mise en scène exclut une description élaborée du paysage, à l'instar de celle qui agrémente la retraite anachorétique ou les deux tombeaux de Menestée : elle se limite à la mention d’un « chemin solitaire et destourné » qu’emprunte le mélancolique Cyrus, pour aller annoncer à Panthée la mort de son cher époux, Abradate. Mais celle-ci l’a déjà devancé. Tout comme Parthenia, Panthée arrive sur les lieux de la mort de son époux en chariot (texte). Tandis que la mort imminente de Parthenia endeuillée est signifiée par les symboles funéraires dont elle s’est parée, celle de Panthée est marquée par l’accent mis sur sa « diligence » à « vouloir suivre Abradate au tombeau » : Panthée, aux rênes de son chariot, évoque ainsi l’image de la course vers la mort que renforce l’indication spatio-temporelle, « allant même toute la nuit ». Ce qui suit est un arrêt sur image : temps et espace se figent.

Notons la qualité picturale de l'épisode illustré d'une planche: la description de la scène rappelle les images de piété représentant la douleur de Marie qui soutient le corps du Christ (3516-7). En plus de la dimension iconographique de cet épisode, Scudéry explore plusieurs niveaux de théâtralité: elle alterne « tableaux » imprégnés de douleur et de compassion et « dialogues » entre Cyrus et Panthée, à travers lesquels, remplissant la fonction de didascalie, chacun des gestes et chacune des émotions de Panthée lui confèrent une grandeur héroïque (3617-9). Le corps féminin du locus amoenus est ainsi remplacé par la peinture de l’affliction et de la douleur féminines ; et tout comme la lumière que diffuse la beauté du corps féminin, dans un décor bucolique, fige les spectateurs, l’affliction de Panthée devient la leur, les transit. Au doux murmure des eaux de la retraite pastorale se substituent les « larmes », « soupirs », et « sanglots redoublez » de Panthée. Ce qui ajoute au pathétique de la scène, aux teintes caravaggesques (suggérées par les images sanguinolentes) est la présence d’un détail particulièrement macabre, celui de la « vaillante main » du défunt, détachée de son bras (texte). La vue de cette main déclenche une nouvelle scène. S’accusant alors d’avoir été la cause de la mort d’Abradate, en le poussant à « se surpasser lui-mesme », Panthée veut mettre fin à ses jours, bien que Cyrus l’exhorte à vivre. Demandant à « pleurer en silence » le corps d’Abradate avant qu’on ne le revête d’un suaire, elle échappe au regard de ses amis. Elle est de nouveau seule, se transmuant en l’héroïne tragique d’un tableau de Rembrandt ou de Caravaggio, alors que le lecteur suit le mouvement fatal du poignard dans son sein puis la chute de son corps sur celui d’Abrabate, symbolisant leur union éternelle (3523-5). Mais l’horreur de la scène (dont Scudéry accentue l’effet par l’image du « sang rejaillissant ») est amplifiée par la mort de deux serviteurs et de trois femmes de Panthée, par la violence que s’infligent d’autres personnages voulant aussi attenter à leur vie (3525-6). Lieu d’un « spectacle funeste », d’une tragédie qui se joue devant les yeux du spectateur, le locus terribilis devient cependant le lieu d’un mémorial, où Cyrus fait ériger « un superbe tombeau de Marbre et de Porphire » dont la magnificence efface les teintes de la scène qui précède. Cyrus y « [fait] mettre des Inscriptions en plusieurs langues » – geste par lequel il transforme cette retraite sépulcrale en emblème de l’héroïsme tragique et de l’amour triomphant dans la mort (3526-7).

Cette retraite sépulcrale rappelle la toile de Poussin Les Bergers d’Arcadie (1638-40), dans laquelle les personnages décryptent la formule équivoque Et ego in Arcadia, engageant le spectateur à réfléchir, au travers d'une évocation du mythe d'Arcadie, à la futilité de la vie et sur son propre destin. Le tombeau de Panthée et d’Abradate semble aussi destiné à inviter le voyageur hypothétique à venir y déchiffrer les inscriptions et à méditer sur la conduite exemplaire de ce couple héroïque. La vue du tombeau renouvellera cependant douleur et tristesse pour Cyrus (texte). Alors que promenade et rêverie sont généralement associées soit à un plaisir esthétique, soit à un combat intérieur, ici le silence et la mort, qui entourent le héros, traduisent la vulnérabilité d’un personnage, dont le lecteur doit deviner le fond du coeur. La vue du tombeau réveillerait des craintes logées dans le subconscient du personnage, sujet, au cours du roman, à des « crises oniriques » (troubles du sommeil ou encore de vision). Cyrus, comme pris de nouveau dans un tourbillon d’ interprétations superstitieuses de signes funestes, paraît ainsi absorbé par le pressentiment d’ une tragédie à venir (qui le séparerait de nouveau de Mandane).

(1) The Countess of Pembroke’s New Arcadia (1590), ed. Victor Skretkowicz, Oxford: Clarendon Press, 1987, book 3, pp. 396-8. Il existe deux traductions françaises d’Arcadia , l'une datant de 1624 et l’autre de 1625.

SGK



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