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Le Règne d'Astrée
Molière 21

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Jalousie et valeurs mondaines


Le « commerce du monde » implique une forme de décontraction qui exclut toute « préoccupation ». « L’honnête homme ne se pique de rien » (La Rochefoucauld), ne prend rien, de prime abord, au sérieux. Seul l’esprit libre autorise l’enjouement, confère l’assurance qui permet de se lancer dans le jeu social avec décontraction.

Or le jaloux observe une attitude crispée à l’égard des signes. Particulièrement sensible à leur instabilité, anxieux de leur interprétation (voir Jalousie et interprétation), il tente de s’opposer à leur circulation. La raideur de son comportement entrave son évolution en société. La jalousie est donc fondamentalement incompatible avec les exigences de la mondanité. Le jaloux sera forcément « bizarre » et sera mis au ban du monde. Son tempérament mélancolique [voir Jalousie et mélancolie) accentuera la mise à l’écart et, en retour, puisera dans celle-ci la motivation à ses aspirations misanthropes.

L’amour aussi est une activité sociale et un jeu mondain. L’amoureux doit concilier les exigences contradictoires d’une relation privée et de son intégration au sein d’un contexte communautaire. S’il est amant, il lui incombe de déterminer le bon ton pour faire connaître sa flamme. Autrement dit, présenter son amour comme sincère et fervent, exprimer la haute estime dans laquelle il tient la faveur à laquelle il prétend, tout en manifestant son accord de sacrifier aux exigences de la collectivité. Point de prétentions à l’exclusivité. Son service amoureux ne doit pas, en outre, le rendre importun. Parler d’amour, prier d’amour, mais sans indisposer, en recouvrant l’aveu d’un voile de légèreté. La passion ne doit jamais se manifester dans sa nudité brutale (on retrouve ici l’exigence du respect inconditionnel de la femme aimée, hérité de la tradition courtoise). De là, une ambiguité bien réelle – et souhaitée : une passion sincère et absolue, mais qui ne saurait se prendre au sérieux. Une déclaration, mais point de revendications.

Or le jaloux est l’amant sérieux par excellence, celui qui exige des preuves, des marques transparentes, celui qui refuse le jeu de l’équivoque, celui qui revendique l’exclusivité au détriment de la collectivité, à l’instar de l’Alceste de Molière (voir Molière et la jalousie). Ces exigences importunes sont bien évidemment perçues comme un flagrant manque de respect.

Le mari, quant à lui, est soumis, dans la perspective mondaine, à d’autres règles de comportement. La première d’entre elles est de ne point abuser de la possession qui lui est concédée par le statut conjugal. La raison de la loi n’est pas celle du monde. L’épouse doit être libre de ses mouvements dans la société mondaine, libre de ses fréquentations et de ses contacts, aussi longtemps qu’elle ne contrevient pas aux formes extérieures de la vertu féminine.

Or le mari jaloux adopte le comportement inverse : sa suspicion systématique l’amène à prendre en mauvaise part tout contact de son épouse avec des rivaux potentiels— visites et échanges épistolaires en premier lieu (les deux modes de contact incriminés par Don Garcie de Navarre et abhorrés par les barbons moliéresques). Il oppose ainsi un obstacle à l’affirmation sociale et, partant, à l'épanouissement personnel de la femme sur laquelle il détient la toute-puissance. C’est l’abus que dénoncera, parmi d'autres, la conversation de 1686 sur la jalousie.

CB



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