Artamène ou
le Grand Cyrus


Projets
CPEM

Le Règne d'Astrée
Molière 21

Navigation
 • Recherche de mots

 • Recherche de pages
 • Téléchargement

Texte
 • Synopsis
 • Partie 1
 • Partie 2
 • Partie 3
 • Partie 4
 • Partie 5
 • Partie 6
 • Partie 7
 • Partie 8
 • Partie 9
 • Partie 10
 • Illustrations

Encyclopédie
 • Sommaire
 • Nouveautés

Documents
 • Textes sources
 • Cartes
 • Bibliographie
 • Liens








 

   

 
accueil  |   projet   |   œuvre   |   édition   |   contacts     

Jalousie et narration


Les romanciers de l’époque baroque n’imaginent guère se départir du principe du narrateur omniscient. Ce qui ne va sans poser certains problèmes de cohérence du point de vue de la perspective du récit. Ainsi, dans les cas fréquents d’histoires enchâssées, où la narration est déléguée à un personnage du récit cadre (narrateur intradiégétique), il devient hasardeux de justifier l’accès de ce dernier à la vie psychique du congénère dont il relate les aventures.

Une parade consisterait à confier la narration au personnage héros de l’histoire lui-même (narrateur autodiégétique). Pourtant, dans le Grand Cyrus, qui abonde en histoires enchâssées, le recours à ce procédé se limite à quelques rares occurrences. Or deux d’entre elles ont pour sujet la jalousie : les histoires d’Aglatidas (voir Aglatidas et la jalousie) et de Leontidas, l'amant jaloux sont racontées par le héros lui-même, qui fait le bilan des malheurs occasionnés par son comportement.

La représentation de la jalousie appelle-t-elle donc une forme particulière de narration ?

L’option autodiégétique s’avère en tout cas le meilleur moyen de mettre en évidence les erreurs d’interprétation que le jaloux commet à répétition.

Admettons que l’erreur implique deux phases : le faux jugement (« comment le jaloux se trompe ») et la situation qui a donné lieu à ce faux jugement. On peut choisir de faire connaître la situation avant de raconter l’erreur : le lecteur, bénéficiant du point de vue omniscient du narrateur, disposera alors d’un avantage d’information sur le personnage. On peut également narrer l’erreur et ensuite révéler la situation originellement responsable — ce qui équivaut à une restriction de champ au point de vue limité du personnage. Dans le second cas, le lecteur sera trompé en même temps que le personnage ; dans le premier cas, il verra le personnage se tromper et sera en mesure d’apprécier pleinement les effets des dérives de l’interprétation.

La seconde possibilité était aisément envisageable. La première, en revanche, amenait, contre l’usage, à privilégier la narration autodiégétique (seule possibilité commode de donner amplement accès aux pensées, et donc aux processus de choix du personnage). Mais elle présentait l'avantage d'associer étroitement passion jalouse et procédures interprétatives. C'est celle que choisit Madeleine de Scudéry, nous révélant ainsi la nature de l’intérêt qu’elle portait à l'étude de la jalousie.

Mais ce choix se restreint au cas de figure de l’amant jaloux, dont les écarts de comportement peuvent être excusés par la situation d'incertitude dans laquelle il se trouve. Le mari jaloux, par contre, est un personnage indigne de considération: l’accès à sa vie psychique ne s’avère dès lors pas impératif ; seules importent les conséquences de son comportement sur l’entourage. On peut par conséquent déroger au principe de l’omniscience du narrateur, en restreignant quelque peu le point de vue à la perception qu’en ont ses pairs.

Ainsi, l’histoire du mari jaloux Otane (voir Jalousie d'Otane) est racontée par un autre protagoniste, Artabane, qui se présente en témoin des événements dans lesquels il a été faiblement impliqué. Les quelques intrusions nécessaires dans la vie intérieure du personnage trouveront des justifications de fortune : le narrateur a eu connaissance des pensées d’Otane par le biais de confidences du personnage ou d’un de ses amis.

Il en ira de même pour Phaon (voir Jalousie de Phaon), amant jaloux certes, mais dont l’histoire particulière est intégrée au sein d’une histoire plus vaste, l’histoire de Sapho, que l’auteur a choisi de faire raconter par un protagoniste marginal (non autodiégétique).

CB



Sommaire | Nouveautés | Index | Imprimer | Accès rédacteurs

Rechercher:



Haut de la page ]