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Le Règne d'Astrée
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Jalousie et interprétation


L’âge baroque est une époque hantée par l’obsession de l’équivoque. On y prend conscience que les signes peuvent donner lieu à plusieurs significations potentielles, dont la détermination est difficile, voire aléatoire. Car non seulement le lien entre le signe et ce qu’il désigne est reconnu comme arbitraire (c’est une des caractéristiques de l’épistèmè classique qui s’affirme avec le XVIIe siècle), mais, de surcroît, l’inconstance (voir jalousie et inconstance) universelle du monde, dont les contemporains s’avouent éminemment conscients, amène à se représenter le système signifiant comme instable.

La réussite des procédures interprétatives revêt dès lors une importance accrue. Dans la mesure où les signes laissent difficilement transparaître la signification (certains personnages, à l'instar de Perinthe, le faux monnayeur, sauront en tirer profit), la capacité de discerner le vrai sens du faux sens s’impose comme une qualité indispensable de l’intellect humain. L’identification de l’évidence (voir apparences et évidence), en particulier, joue un rôle décisif : elle devient la planche de salut au sein de l’incertitude générale, elle pallie l’absence de transparence du système. L’équivoque, certes, met par principe en danger la correcte appréhension du monde, mais celui qui sait voir, reconnaîtra la seule interprétation légitime, marquée du sceau de l’évidence. Le salut réside dans la clairvoyance (voir clair malgré le défaut de transparence) ― une forme de grâce accordée ou refusée à l’individu. Celui qui l’a perdue sombre dans les affres de l’aveuglement.

Le jaloux est un être aveuglé. Ses facultés interprétatives lui font défaut, de manière passagère ou durable. Il s’avère incapable de voir clair, là où les autres reconnaissent l’évidence. Faut-il en voir la cause unique dans la passion, dont la réputation établie auprès des contemporains est d’altérer la raison (voir raison et passion) ? Ou, à l’inverse, le comportement passionné du jaloux résulte-t-il du stress énorme occasionné par la confrontation permanente à l’équivocité des signes ? Le jaloux serait par conséquent celui qui refuse de faire confiance à un système signifiant qu’il sait mal fondé, flottant, dans lequel il identifie un prétexte à tous les soupçons : « il y a forcément quelque chose qui se cache derrière la façade des signes » ― et son attitude suspicieuse l’amènera à commettre l’erreur de privilégier systématiquement les mauvaises interprétations.

La représentation de la jalousie, dans les fictions narratives ou dramatiques, de même que la réflexion sur cette dernière, dans les traités et les conversations, est donc étroitement liée à une interrogation sur les signes et les fondements de la relation signifiante. Montrer la jalousie, c’est donner à voir l’erreur d’interprétation (et, dans les romans, la structure narrative (s’efforcera de faire voir les coulisses de cette erreur; voir Jalousie et narration), l’analyser, tenter de déterminer son origine (chez l’interprète ? dans les signes eux-mêmes ?). Projetées au sein d’une construction de signes, la mise en scène et l’analyse de la jalousie présentent donc à un double niveau une dimension herméneutique.

CB



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