Artamène ou
le Grand Cyrus


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Hérodote, extrait 3



Cette page procure un troisième extrait de la traduction de Pierre Du Ryer des Histoires d'Hérodote (1645), dont les Scudéry se sont abondamment servis pour la composition du Grand Cyrus

En 1645 parut une traduction des Histoires d'Hérodote réalisée par Pierre Du Ryer (Les Histoires d'Hérodote, mises en françois par P. Du Ryer, Paris : A. de Sommaville, 1645). Ce texte a constitué la source principale du Grand Cyrus, fournissant à la fois des informations historiques, géographiques et ethnographiques aux Scudéry. L'oeuvre fut rééditée en 1660 avec une série de cartes géographiques. Une troisième édition parut au début du XVIIIe siècle. C'est de celle-ci que nous tirons les extraits proposés.

Le passage qui suit raconte l’histoire de Polycrate, qui lança un objet qui lui était cher à la mer afin de ne pas attirer le mauvais sort en étant trop heureux, et qui retrouva l’objet à l’intérieur d’un poisson qu’on lui apporta. L’épisode a inspiré les Scudéry pour la partie VI, livre 1, page 1672 du Grand Cyrus.

Le texte est muni de renvois aux pages correspondantes du roman, placées au début de chaque section.

D'autres extraits de la traduction d'Hérodote sont aussi disponibles sur le site:

-Hérodote, extrait 1

-Hérodote, extrait 2


Hdt III, 39-47

Au reste, tandis que Cambyses alloit en Egypte, les Lacedemoniens firent aussi la guerre contre Samos & Polycrate fils d'Ajax, qui s'en estoit rendu Maistre de force, & qui d'abord l'avoit divisée entre lui, Pantagnote, & Solysonte ses freres. Mais comme il avoit fait mourir l'un des deux, & chassé le plus jeune, il l'occupoit alors tout seul, & avoit fait alliance avec Amasis, qu'on entretenoit de part & d'autre par des presens mutuels. Toutes choses lui succederent en peu de temps avant d'avantage; & de bonheur que sa reputation s'étendit bien-tost dans l'Ionie & dans la Grece. Car il remportoit des victoires par tout où il portoit ses armes. Il avoit cent vaisseaux équipez en guerre; & entr'autres gens, il avoit mille hommes de trait. Il attaquoit indifferemment tout le monde, & disoit qu'il faisoit qu'il faisoit une plus grande grace à son ami de lui rendre ce qu'il avoit pris sur lui, que s'il ne lui avoit jamais rien ôté. Ainsi il s'empara de plusieurs isles; il prit plusieurs villes dans la terre ferme; défit sur mer les Milesiens, qui venoient avec toutes leurs forces pour secourir ceux de Lesbos; & les ayant pris dans cette bataille, il les fit mettre à la chaisne, & leur fit creuser le fossé qui environne les murailles de Samos. Tant de succès heureux dont Amasis eut connoissance, lui donnerent de l'inquietude; & voyant que les prosperitez de Polycrate s'augmentoient de jour en jour, il lui écrivit en ces termes. "AMASIS à POLYCRATE; J'ai esté bien aise d'apprendre que toutes choses succedoient heureusement à un Prince qui est mon ami & mon allié. Toutefois comme je sçai que les Dieux sont jaloux du bien des hommes, je crains ordinairement l'excès des prosperitez. Je vous confesse que je les apprehende pour vous; & pour moi j'aimerois mieux que mes affaires & celles de mes amis fussent partagées entre l'une & l'autre Fortune, & qu'elles eussent tantost une bonne issuë, & tantost un mauvais succès, que de réüssir heureusement en toutes choses. Et certes, je ne pense pas avoir jamais oüi dire qu'un homme qui a esté heureux toute sa vie, n'ait pas peri malheureusement. C'est pourquoi, si vous me voulez croire, faites ce que je vous dirai contre vostre bonne fortune. Regardez ce que vous avez de plus precieux, & ce qui vous affligeroit davantage si vous l'aviez perdu: Et quand vous l'aurez entre vos mains, taschez à l'abandonner de telle sorte qu'on ne puisse jamais le revoir. Que si vos prosperitez doivent toûjours estre en même estat, ne laissez pas neanmoins de vous accoûtumer aux malheurs par le moyen que je vous propose." Lorsque Polycrate eut lû cette lettre, & qu'il eut fait reflexion sur le discours d'Amasis comme sur une instruction salutaire, il chercha parmi ses richesses une chose dont la perte le pût sensiblement affliger, & enfin il la trouva. Il avoit un cachet fait d'une esmeraude qu'il estimoit beaucoup, & qui avoit esté mise en oeuvre dans de l'or par Theodore Samien fils de Telecle, il se resolut de la perdre volontairement. Il monta sur un vaisseau où il avoit fait entrer beaucoup de monde, & commanda qu'on le menât en pleine mer; & se voyant éloigné de l'isle, il tira son cachet de ses doigts, le jetta dans la mer devant ceux qu'il avoit amenez avec lui, & après cette action il se fit ramener à terre affligé de cette perte. Cinq ou six jours après un pescheur ayant pris un poisson qui estoit fort grand, le jugea digne d'estre presenté au Prince, & vint en même-temps au Palais où il demanda la liberté de voir Polycrate. Quand on lui eut permis d'entrer: "Mon Prince, dit-il en lui presentant ce poisson, encore que je gagne ma vie par mon travail & à la sueur de mon corps; toutefois j'ai crû que je ne devois pas porter au marché ce poisson que j'ai pris, mais qu'il estoit digne d'estre presenté à vostre Grandeur. Je vous l'apporte donc, & vous supplie de le recevoir." Polycrate prit plaisir au discours de ce pauvre homme, & lui répondit qu'il recevoit de bon coeur son present, qu'il l'avoit obligé par son action & par son discours, & qu'il vouloit qu'il vint souper avec lui; mais ce pescheur satisfait de l'accueil du Prince, s'en retourna en sa maison. Cependant les cuisiniers habillerent ce poisson, & trouverent dans son corps le cachet de Polycrate, qu'ils lui allerent aussi-tost porter avec de grandes réjoüissances, & lui dirent comment ils l'avoient trouvé. Polycrate s'imaginant qu'il y avoit en cela quelque chose de merveilleux & de divin, mit par écrit comment les choses s'estoient passées, de quelle façon il avoit perdu cet anneau, & de quelle façon il avoit esté retrouvé; & en même-temps il envoya en Egypte à Amasis ce qu'il avoit écrit sur ce sujet. Quand Amasis en eut fait la lecture, il crût qu'il estoit impossible à l'homme de détourner de l'homme ce qui lui devoit arriver, & que Polycrate ne pouvoit estre toûjours heureux, après avoir trouvé en toutes choses la Fortune si favorable, qu'il avoit même recouvré ce qu'il avoit jetté dans la mer. Cela fut cause qu'Amasis envoya un Ambassadeur à Samos, pour avertir Polycrate qu'il rompoit l'alliance qu'ils avoient ensemble, & au reste il en usa de la sorte, de peur que si Polyrate estoit maltraité de la Fortune, il n'en conceut le ressentiment & la douleur qu'on a de l'adversité d'un allié & d'un ami.

Ce fut contre ce Polycrate qui estoit si heureux en toutes choses, que les Lacedemoniens prirent les armes à la sollicitation de cette partie des Samiens qui bâtirent depuis en Crete la ville de Cidonie. Polycrate ayant appris le dessein des Lacedemoniens, envoya secrettement à Cambyses fils de Cyrus qui levoit des troupes contre l'Egypte, & le pria de lui envoyer demander à Samos par des Ambassadeurs, quelque secours de gens de guerre. Cambyses à cette nouvelle envoya volontiers à Samos, afin de demander à Polycrate quelques vaisseaux chargez de troupes de débarquement, pour mener avec lui en Egypte. De sorte que Polycrate ayant fait charger quarante vaisseaux de ceux des Samiens qui lui estoient les plus suspects & les plus portez à la rebellion, les envoya à Cambyses et le pria de faire en sorte qu'ils ne retournassent jamais. Les autres disent que les Samiens que Polycrate envoyoit en Egypte, n'allerent pas jusques-là, mais que quand ils furent en mer Carpathiene, ils resolurent entre eux de ne point passer plus avant. Les autres soûtiennent qu'ils furent jusques en Egypte, qu'ils s'enfuïrent de ce païs, comme ils virent qu'ils y estoient retenus de dessein formé; qu'en retournant à Samos, ils défirent Polycrate qui estoit venu au devant d'eux avec son armée navale, & qu'enfin ils descendirent à terre, où l'on donna une autre bataille, mais que n'ayant pas esté les plus forts ils firent voile à Lacedemone. Il y en a qui disent qu'à leur retour d'Egypte, ils demeurerent entierement victorieux de Polycrate, mais il me semble que ce discours est sans fondement, car ils n'auroient pas eu besoin d'appeller à leur secours les Lacedemoniens, s'ils eussent esté assez forts pour resister à Polycrate. D'ailleurs il n'y a point d'apparence que tant de troupes auxiliaires, & que tant de gens de guerre du païs ayent esté deffaits par un petit nombre de Samiens qui revenoient d'Egypte; veu principalement que Polycrate avoit en sa puissance les enfans & les femmes de ses citoyens, & qu'il les avoit fait assembler dans les ports & dans les havres, si ceux qu'il avoit avec lui l'abandonnoient, & se joignoient avec les autres qui revenoient lui faire la guerre.

Quand les Samiens qui avoient esté repoussez par Polycrate furent arrivez à Sparte, ils allerent trouver les principaux du païs, ausquels ils representerent toutes les choses que des supplians ont accoûtumé de dire. Les Lacedemoniens leur répondirent à la premiere audience, qu'ils ne se souvenoient pas des premieres choses qu'on leur avoit dites, & qu'ils n'entendoient pas les dernieres. Et à la seconde audience ils ne leur firent aucune réponse, sinon qu'ils firent apporter une huche, & leur dirent qu'il n'y avoit point de pain dedans; mais les Samiens leur répondirent qu'ils auroient soin des vivres, pourveu qu'ils leur conservassent de la bonne volonté. Enfin les Lacedemoniens trouverent bon de leur donner de l'assistance: et aussi-tost que toutes choses furent prêtes, ils allerent à Samos avec une armée. Les Samiens disent que les Lacedemoniens les secoururent pour leur rendre la pareille, dautant qu'ils les avoient autrefois assistez contre les Messeniens; mais s'il en faut croire les Lacedemoniens, ils donnerent du secours aux Samiens, non pas tant parce qu'ils estoient obligez de les deffendre, que pour en prendre la vangeance.

Voir aussi:

-Hérodote, extrait 2

-Hérodote, extrait 3



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