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Héroïnes du XVIIe siècle


De l’amazone à l’épouse modèle, les représentations des héroïnes, dans la littérature du XVIIe siècle, oscillent entre la virilisation de la femme et au contraire l’exaltation de vertus traditionnellement féminines, telles que l’humilité et la chasteté. Il n’y a pas de rapport d’équivalence entre héroïsme masculin et féminin, ainsi que le laisserait entendre la définition de Furetière : « Héroïne. Femme qui possède les qualités du héros ».

Le rapport de l’héroïne au héros est en effet marqué du sceau de l’inaboutissement. Tandis que l’itinéraire du héros constitue une « totalité signifiante », scandée par des oracles divins, la réalisation d’exploits guerriers, la libération de groupes captifs, la reconnaissance publique et l’accomplissement d’une passion, ces différents éléments ne sont jamais totalement présents dans le parcours de l’héroïne (1). Celle-ci, lorsqu’elle accomplit des exploits hors du commun – telle Judith ou Clélie – est avant tout mue par l’amour de Dieu ou l’amour d’un homme. Cette ambiguïté quant à l’héroïsme des figures féminines imprègne également la tradition des femmes illustres, caractérisée par la publication, au cœur du grand siècle, de recueils qui prétendent exalter les vertus et les exploits féminins.

Selon Philippe Bousquet (2), des héroïnes telles que Lucrèce, dont le suicide, à la suite du viol de Tarquin, prélude à l’avènement de la république, fonde un espace héroïque proprement féminin. Malgré la condamnation du suicide par l’Eglise, les raisons vertueuses de cet acte, ainsi que ses conséquences politiques, confèrent à Lucrèce le statut d’héroïne. L’héroïsme féminin reposerait dès lors sur « la confrontation vertueuse, et nécessairement douloureuse, à la faute morale ou religieuse ». L’auteur invite à considérer plusieurs héroïnes (Phèdre, Andromaque ou Bérénice) sous cet angle.

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, les idéaux liés à la bienséance semblent toutefois infléchir la représentation de l’héroïne, active et téméraire, vers l’image de la femme parfaite, retenue, humble, mystérieuse et chaste. Amoureuse et entièrement dévouée à l’homme qu’elle aime, l’héroïne est moins appelée à agir qu’à devenir source de dépassement pour son bien-aimé, en l’incitant à accomplir des actes de bravoure. Elle se fait par là médiatrice des valeurs masculines, comme le courage, la générosité, la persévérance. Enfin, l’héroïne doit conserver une part de son mystère féminin intact, ne jamais se livrer d’emblée à celui qu’elle aime. Dans cette perspective, l’on peut voir en Mandane, une utilité narrative, plutôt que l’héroïne principale du Grand Cyrus.

Enfin, il existe un type de femme qui tout au long du siècle suscite l’admiration générale, la fascination, mais qui se situe à l’envers de l’héroïne ou de la femme parfaite, toutes deux susceptibles de fonctionner comme modèle d’imitation. Il s’agit des femmes dites « déviantes » - telle Médée, Athalie ou Thomiris, une anti-héroïne - qui rompent avec les bienséances et les valeurs morales et religieuses, afin d’accomplir une passion égoïste, quelles qu’en soient les conséquences. Passion amoureuse et désir impérieux de régner peuvent ainsi engendrer des héroïnes monstrueuses, mais unanimement plébiscitées par le public. Cette déviance prend, auprès des femmes extravagantes dans Le Grand Cyrus, des formes diverses.

Si les héroïnes du Grand Cyrus intègrent pour la plupart les valeurs attribuées par leur époque aux femmes, elles les remettent souvent en question. L’instruction des femmes, le mariage forcé et l’empire d’une beauté problématique deviennent des sujets de conversations parfois enjouées, parfois véhémentes (voir également conversation et condition féminine). En outre, l’on peut voir dans la figure de Sapho, 'nouvelle héroïne', l’élaboration d’un type de personnage féminin inédit, susceptible d’offrir aux femmes un modèle d’identification enrichissant.

BS

(1) Voir à ce propos Noémi Hepp, « La notion d’héroïne », dans Onze études du l’image de la femme dans la littérature française du XVIIe siècle, W. Leiner (éd.), Tübingen, Günter Narr, 1984.

(2) Philippe Bousquet, « L’héroïsme féminin au XVIIe siècle entre admiration païenne et représentations chrétiennes », dans Les femmes au Grand Siècle, Actes du 33e congrès annuel de la North American Society for Seventeenth-Century French Literature, Tome II, Tübingen, Biblio 17, Gunter Narr, 2003, p. 93-108.



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