Artamène ou
le Grand Cyrus


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Le Règne d'Astrée
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Frontispices et lecture à clefs


Artamène ou le Grand Cyrus, un roman à clefs. Cette approche du roman, illustrée par Victor Cousin puis par Alain Niderst, est aujourd’hui remise en question, du moins comme mode d’appréhension unique d’un texte dont la portée ne se limite pas au statut de miroir d’un petit cercle social du Grand Siècle. Dans un récent article, René Godenne (1) confirme ses réserves à l’encontre de l’existence d’une prétendue clef du roman. Il prône une autre lecture, qui envisage avant tout le roman comme le fruit d’une élaboration fictive.

Le portrait littéraire, associé à la lecture à clefs, ne participe nullement d’un procédé de cryptage systématique. Si l’art romanesque scudérien ménage de fait une place de choix à certains des amis ou ennemis de Madeleine, il procède de manière élective (les personnages fictifs ne correspondent pas tous à une personne réelle) et en quelque sorte « anamorphique » (les traits moraux et physiques de personnes réelles sont sélectionnés, transformés, complétés ; les situations ne sont pas des compte-rendus d’actions réelles mais une transposition imaginaire). En outre, s’il est vrai que les récits des prises de villes dans le roman se fondent sur le rapport d’exploits du Grand Condé, la mise en scène d’épisodes moins valorisants pour le héros (II, 1 p.ex. Cyrus vient en aide à son insu au ravisseur de Mandane ! ou IV, 3 Mandane captive parvient à faire libérer Cyrus, également fait prisonnier, alors qu’il venait pour la délivrer !) relativise la portée de l’éloge. Les distorsions manifestes entre un modèle réel et la mise en fiction de certains de ses traits physiques et moraux mettent en cause la systématicité de la lecture à clefs. Si le personnage de Cyrus permet à Madeleine de Scudéry d’offrir un hommage ponctuel au Grand Condé, Cyrus n’est pas le Grand Condé.

Ce qui est intéressant dans la lecture à clefs c’est précisément la dimension parcellaire et lacunaire de toute possibilité d’identification. En ce sens, la lecture à clefs, qui suppose l’élaboration de portraits littéraires, participe d’une culture du déchiffrement, qui connaît également des manifestions différentes, telles que l’allégorie ou l’énigme. Or on retrouve précisément ces modes d’expression dans les frontispices (voir Allégorie et frontispices), ainsi que dans les légendes énigmatiques qu’ils contiennent. Allégorie et énigmes engagent en effet des procédés herméneutiques similaires à ceux induits par la lecture à clefs : le lecteur/spectateur est invité à décrypter une ou plusieurs vérités voilées, à reconnaître, derrière la lettre et l’image, un référent – réel et/ou fictif – qui se dérobe. En ce sens, chez Madeleine de Scudéry, le procédé du portrait littéraire n’est pas uniquement un divertissement mondain, qui réjouit quelques initiés. Comme l’allégorie et le discours énigmatique des légendes, le portrait à clef témoigne d’une préoccupation plus générale sur les traits constitutifs de l’identité d’un être, la permanence ou l’instabilité de cette identité, ainsi que sur les faits et les valeurs morales qui fondent sa réputation (voir une Renommée dangereuse).

BS

(1) René Godenne, « Pour une seconde remise en cause des clefs supposées des romans de Mademoiselle de Scudéry », Littératures classiques, 54, printemps 2005, p. 247-255.



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