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Crocodile


Dans l’Histoire de Sésostris et Timarète, il est longuement question d’un combat que Sésostris mène contre un crocodile. Le passage, très détaillé, fournit une série d’informations sur les crocodiles. Ces informations proviennent d'origines diverses: Hérodote et Pline sont clairement les deux sources premières, mais il est possible que d’autres textes, moins apparents, aient aussi été consultés. Les auteurs ont aussi ajouté des éléments propres à l’imaginaire du XVIIe siècle, où les crocodiles n’étaient guère mieux connus que pendant l’Antiquité.

Le crocodile est mentionné pour la première fois à la page 3836, comme un « horible monstre » qui remplit le Nil, à côté de l’hippopotame et du cynocéphale. Quelques pages plus loin, page 3858, on lit une notation tirée d’Hérodote :

Puis on arrive à l’attaque de l’animal (p. 3859): « Mais à peine eut il fait quatre pas vers elle, qu'il entrevit à sa droite, à travers l'espaisseur des Rozeaux et des Alisiers, un de ces terribles Monstres du Nil : qui fendant l'eau avec une vistesse incroyable, estoit prest de s'élancer sur la belle Timarete : et de l'entraisner dans le Fleuve, avec une de ces Griffes espouventables, dont les Crocodiles sont si terriblement armez. »

Ces terribles griffes figurent dans le texte d’Hérodote et sont aussi mentionnées par Aristote dans son Histoire des animaux, 503a ainsi que par Pline, VIII, 37.

Sésostris se précipite pour sauver son amie et ne se fait pas d’illusions sur les possibilités de blesser la bête :

Timarète, quant à elle, tente de fuir :

Sésostris s’interpose entre le crocodile et Timarète, ce qui permet de répéter cette caractéristique bien connue du crocodile: « Mais encore que le naturel des Crocodiles ne soit pas, comme, je l'ay desja dit, d'estre aussi furieux à ceux qui tiennent ferme qu'à ceux qui fuyent : comme celuy là se vit un peu loin de son Azile, c'est à dire un peu esloignée du bord du Nil, le desespoir irrita sa fureur naturelle, et fit qu'il se resolut de combatre Sesostris. » Le crocodile prend alors son élan pour attaquer Sésostris : « Il recula pourtant d'abord, de deux ou trois pas : il est vray que ce ne fut que pour s'eslancer sur luy avec plus de violence »

Un peu plus loin, on découvre une autre particularité de l'animal:

Le crocodile se révèle être un adversaire terrible :

« Tantost il feignoit d'estre las, et de se vouloir retirer, afin de surprendre Sesostris : puis tout d'un coup alongeant ses Griffes ; et entr'ouvrant cette horrible gueule, dont toutes les dents sont envenimées ; il se jettoit sur luy avec tant de violence, que Timarete creût plus d'une fois que son cher Liberateur en alloit estre devoré. »

C’est alors que le merveilleux médiéval semble se mêler aux sources antiques. Le crocodile, en effet, prend des allures de dragon :

« Toutes les escailles du Monstre faisoient un bruit esclatant, et se herissoient en divers endroits de son corps ; la couleur mesme en paroissoit changée : leur gris estoit devenu rougeatre : ses yeux, quoy qu'à demy couverts de deux especes de tayes, jettoient pourtant un feu sombre, qui avoit quelque chose d'affreux : ses dents paroissoient encore toutes sanglantes, de la derniere proye qu'il avoit devorée : une escume jaune et verte, luy sortoit à gros boüillons des deux costez de la gueule : et une espaisse fumée s'exhallant de ses naseaux, faisoit que Sesostris avoit encore plus de peine à se deffendre de ces longues Griffes, parce qu'elle luy en desroboit quelquesfois la veuë. »

Après une violente lutte, le "monstre" commet une erreur qui permet à Sésostris d’en venir à bout :

« Lors que ce furieux Crocodile s'eslevant presque tout droit sur les pieds de derriere, afin de faire un plus grand effort, et de retomber en s'eslançant, sur la teste de Sesostris ; donna lieu à ce jeune Heros, de luy porter sa Houlette dans le ventre, et de luy en enfoncer le fer jusques aupres du coeur : Sesostris estant si heureux, que de rencontrer justement cét endroit dont les Escailles ne sont pas impenetrables. »

Finalement, à la page 3873, on prend connaissance de l’existence d’un prédateur du crocodile :

«Ce n'est pas qu'assurément il n'y ait moins de ces dangereux Animaux en cette Isle qu'ailleurs : parce qu'il y a une abondance estrange de ces petits Oyseaux que la Providence des Dieux a faits, pour aller tout le long des rives du Nil, afin de faire par une adresse admirable, dont vous avez sans doute entendu parler, qu'il y ait moins de ces Crocodiles, et que les hommes n'en soient pas incommodez.»

Ce passage semble résulter d'un amalgame entre l’ichneumon, vraisemblablement l’ancien nom de la mangouste, et le trochilos ou roitelet, petit oiseau qui nettoie les dents du crocodile. Pline, en effet, dit (VIII, 37) :

« Apres qu’il est saoul de poisson, il s’endort sur le gravier. Et pource qu’il luy demeure tousiours quelque chose entre les dents du poisson qu’il a mangé, les Roitelets que les Italiens appellent le Rois des oiseaux, pour prendre leur curée, viennent sauteler à l’entour de sa gueule, la nettoyant & piquottant avec le bec pour la luy faire ouvrir. Ce qu’il fait, de sorte que ce petit oiseau luy cure les dents : & mesmes ce grand animal endure qu’il luy cure le gosier, & s’y endort à gueule bee. Ce que voyant le Rat d’Inde se fourre au gosier du crocodile : & de là se lance au ventre aussi roide que si c’estait un coup de trait, & luy ronge les boyaux, le faisant mourir par ce moyen. »

On constate donc dans ce texte la présence d'un grand nombre de renseignements provenant de sources différentes. Ces mélanges d’informations peuvent être dus à une très grande connaissance des textes antiques complétée d'un travail de compilation minutieux, ou à des œuvres intermédiaires qui restent jusqu’à présent non identifiées. On peut encore mentionner que ce passage est à certains endroits assez proche de la description d’un tableau qui se trouve dans Le cabinet de Monsieur de Scudéry de Georges de Scudéry, ainsi que des descriptions de monstres dans l'«Alaric»

JR



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