Artamène ou
le Grand Cyrus


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Le Règne d'Astrée
Molière 21

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Amour et jalousie


Solon dit que si l'esperance nourrissoit l'amour, la jalousie l'augmentoit, pourveû qu'elle ne fust pas trop forte, et qu'elle fust mal fondée. Periandre au contraire soustint, que cette passion estoit ennemie de l'amour, quoy qu'elle en fust Compagne inseparable. Bias prenant un tiers parti, dit qu'il falloit qu'un Amant fust capable de jalousie, et qu'il ne fust pourtant jamais jaloux. Pittacus soustint qu'il ne faloit point estre jaloux, parce que si la Personne qu'on aimoit ne donnoit point sujet de jalousie, il n'en faloit point avoir : et que si elle en donnoit, il la faloit haïr. Cleobule, et Thales, au contraire, dirent que l'amour sans jalousie estoit trop tiede : et Chilon, suivant son austerité naturelle, dit qu'il ne faloit estre jaloux, que de sa propre gloire. Quant à Anacharsis, il dit qu'il le faloit estre de tout ce qu'on aimoit : soustenant qu'on ne pouvoit rien aimer sans craindre d'en perdre la possession : et qu'on ne pouvoit craindre de la perdre, sans quelques sentimens jaloux. Pour Esope, comme, il mesloit toûjours ses Bestes, ou ses Oyseaux, en toute sa Philosophie ; il dit que comme le Pellican donnoit la vie à ceux qui luy devoient donner la mort ; de mesme la jalousie estoit une passion qui faisoit mourir l'amour qui la faisoit naistre

Le débat soulevé dans ce passage de la neuvième partie (texte) porte sur l’un des sujets favoris de la littérature mondaine. Les formulations peuvent être diverses, s’appuyer sur des exemples divers, procéder de raisonnement divers, on retrouvera ce désir d’élucider la nature des rapports de la jalousie et de l’amour.

La littérature narrative y souscrit, en proposant nombre de cas exemplaires d’interaction entre les deux sentiments. Les grands romans en particulier, de L’Astrée d’Honoré d’Urfé à la Clélie de Mlle de Scudéry, apportent leur tribut d’histoires et d’épisodes mettant en scène les conséquences des comportements jaloux. Des conversations, parfois apposées en commentaires des exemples narratifs, viennent analyser et tantôt décider de la légitimité des principes et des conduites ― chacun des trois monuments romanesques de Madeleine de Scudéry (l’Ibrahim, Le Grand Cyrus et la Clélie) sacrifie à l’exercice. Mais les conversations sur la jalousie font également l’objet de publications séparées, de La Défense de la jalousie (1642) de René Bary au recueil de Madeleine de Scudéry (vers conversation de 1686) à l’anonyme Procès de la jalousie de 1661. Du même René Bary, la conversation XLVII « De la jalousie », contenue dans L’Esprit de cour ou les Conversations galantes (1664) s’apparente, en revanche, aux traités sérieux sur la matière, dont les préceptes sont fondés sur une méticuleuse définition préalable des rapports de la jalousie et des sentiments voisins : les mêmes procédés se retrouveront dans le Traité de la jalousie ou Moyens d’entretenir la paix dans le mariage (1674) d’Antoine de Courtin. Mais l’interrogation qui anime conversations et traités trouve une formulation explicite dans les « questions d’amour », auxquelles s’adonne la clientèle des salons― jusqu’à en conserver parfois une trace dans l’imprimé :

(Charles JAULNAY, Questions d’amour ou conversations galantes dédiées aux belles, 1671, p. 102-103).

La réponse à ces « questions d’amour », au reste, peut donner lieu à la formulation de maximes. La Rochefoucauld ne dédaignera pas se prononcer sur la matière :

La jalousie naît toujours avec l’amour, mais elle ne meurt pas toujours avec lui. (Max. 361 ; éd. de 1678)

Tous ces textes manifestent une volonté générale de distinguer, de dissocier jalousie et amour. La première est une conséquence négative du second. Est-elle pour autant inévitable ? Et si oui, faut-il s’en accommoder ? Ou peut-on espérer la combattre ? Un amour sans jalousie serait-il, du reste, dénaturé ? La jalousie constitue-t-elle, après tout, le versant passionné de l’amour ?

CB



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