Artamène ou
le Grand Cyrus


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Le Règne d'Astrée
Molière 21

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épistèmè classique


L’intérêt pour la jalousie qui se manifeste, tout au cours du XVIIe siècle, dans la littérature mondaine comme dans la littérature sérieuse, dans les traités aussi bien que dans les romans, trouve-t-il son explication dans une attitude herméneutique singulière à l’époque ? Est-il une émanation directe de cette épistèmè classique qu’avait identifiée Michel Foucault ?

A en croire l’auteur des Mots et les choses (1966), le passage du XVIe au XVIIe siècle marque une rupture épistémologique par le surgissement d’une nouvelle conception de l’espace du savoir et des conditions de possibilité de celui-ci. A la Renaissance, le système des connaissances est encore fondé sur la ressemblance. Le signe lui-même ressemble à la chose qu’il désigne (la relation sémantique n’est qu’une ressemblance supplémentaire) et n’est donc pas arbitraire. Il n’y a pas ni besoin ni sens à la vérification de cette désignation : la fiabilité du système est garantie de l’extérieur, par l’autorité divine, transcendantalement. A partir du XVIIe siècle, la similitude n’est plus la forme et le critère du savoir : l’identité et la différence ont pris le relais. L’activité de l’esprit ne constitue plus à rapprocher des éléments dont le rapport est préexistant, mais à discerner l’existence ou la non existence de rapports entre ces éléments. Les signes sont désormais sont perçus comme arbitraires. Le rapport avec ce qu’ils désignent n’est pas assuré dans l’ordre des choses elles-mêmes. L’insécurité herméneutique qui en résulte entraîne une suspicion générale à l’égard des systèmes signifiants.

Or la jalousie, telle que la conçoivent les contemporains de Mlle de Scudéry, est aussi et peut-être d’abord problème d’interprétation (voir jalousie et interprétation) : c’est l’ambiguïté potentielle des signes qui exacerbe la défiance à laquelle le jaloux est sujet par nature.

De L’Astrée, roman du début du siècle, au Grand Cyrus, paru à son mitan, l’évolution est d’ailleurs frappante dans les causes que les fictions narratives attribuent au sentiment jaloux. Chez Honoré d’Urfé, les jaloux sont victimes des feintes et des intrigues de leurs rivaux ou sont malheureusement desservis par une fausse information. Leur soupçon est confirmé par la réalité. L’interprétation est correcte.

Dans le Grand Cyrus, la jalousie résulte d’une méfiance de principe à l’égard des signes. Les personnages sont parfois victimes d’intrigues (leur jalousie est provoquée par des révélations fallacieuses : ils interprètent correctement des informations défavorables, mais fausses), mais la plupart du temps ils sont pris au piège de leurs propres erreurs d’interprétation (ils interprètent faussement des informations neutres).

Ainsi, de même que la bergère Astrée, Mandane connaîtra l’épreuve de la jalousie (voir jalousie de Mandane) et mettra en doute la fidélité de son amant. Mais les sentiments jaloux de la première sont provoqués uniquement par l’information fallacieuse que lui a délivrée le traître Sémire. La seconde, en revanche, même manipulée elle aussi par le Roi d’Assyrie, croira voir ses soupçons confirmés par l’interprétation ― erronée ― d’une lettre de Cyrus.

CB



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