Artamène ou
le Grand Cyrus


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Le Règne d'Astrée
Molière 21

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A MADAME
LA DUCHESSE
DE LONGUEVILLE.
MADAME,
Un des plus Grands et des plus sages Princes de toute l'Asie, va demander Audience, à une des plus Grandes et des plus sages Princesses de toute l'Europe. Ce Vainqueur de la moitié du Monde, qui croit avécque raison que Vostre Altesse seroit digne de le commander tout entier : vient mettre à vos pieds ses Palmes et ses Trophées, et advoüer ingenûment, qu'il a moins conquesté de Sceptres et de Couronnes, que vous ne meritez d'en avoir.

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Il a sçeu que vous n'avez pas autrefois dénié vostre Glorieuse protection à un Prince déguisé : si bien qu'estant déguisé et Prince ; et Prince incomparablement plus fameux que l'autre, il a creû qu'il pouvoit aspirer au mesme honneur. Il a creû, dis-je, que puis que vous aviez en suitte escouté favorablement la Mort de Cesar, vous souffririez bien la vie de Cyrus : et que vous luy permettriez de se faire revoir à tout l'Univers, avec plus d'éclat et plus de splendeur, qu'il n'en avoit en montant aut Throsne des Rois d'Assirie, veû la splendeur et l'éclat qui rejalira sur luy de vostre illustre Nom, si vous agreez qu'il le mesle parmy ses Lauriers, et qu'il le porte par toute la Terre. Il sçait bien, Madame, qu'en pretendant à cette gloire, son ambition est extréme : Mais qui doit estre hardy, si ce ne sont les Conquerans ? Et que n'entreprennent point ces heureux Temeraires, que la Fortune favorise ? Et puis il est certain que peu de Rois l'ont égalé : et que si Alexandre mesme à eu depuis sa valeur et son esprit, il n'a pas eu sa sagesse et sa temperance. En un mot, il a esté seul

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de qui l'on puisse dire comme de Vostre Altesse, qu'il avoit toutes les vertus et pas un defaut. Aussi comme un des plus celebres Escrivains de toute l'Antiquité, en a fait l'exemple de tous les Princes, vous serez un jour, si j'ay l'adresse de Xenophon, et si la Posterité vous rend justice, l'exemple de toutes les Princesses. Cette glorieuse conformité, que l'on voit entre un Heros et une Heroïne, me fait esperer qu'il sera bien reçeu de vous : et que vous connoistrez que si parmy tant de Personnes illustres qui sont au Monde, il n'a eu pour objet que vous seule, c'est parce que les Persans n'adorent que le Soleil. Icy Madame, comme j'ay l'honneur d'estre l'Interprete de ce Prince, et de vous parler pour luy ; il ne me sera pas difficile de faire voir que ma comparaison est juste : que le mesme éclat que ce grand Astre a dans les Cieux, vouz l'avez dans cette Cour : et que vous estes comme luy toute couverte de rayons, et toute brillante de lumiere. En effet, si l'on regarde la haute Naissance de Vostre Altesse, quelle splendeur n'y verra t'on pas ? Ce ne sont que Throsnes ; que

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Sceptres ; et que Couronnes ; et cette longue suitte de Rois dont vous descendez, vous couvre d'un si grand éclat, qu'il en est presque inaccessible. Que si du Sang Royal de Bourbon, nous passons au noble Sang de Montmorency, dont est la Princesse adorable qui vous a donné la vie, et dont les rares qualitez donnent de l'admiration à toute la Terre, et vous donnent encore un nouveau lustre : nous verrons autant de Heros, que nous aurons veû de Monarques : et nous verrons aussi la Grandeur de cette illustre Maison, plus ancienne que la Monarchie Françoise. Mais Madame, je ne juge pas qu'il soit à propos de vous arrester plus long temps parmy ces magnifiques Mausolées de Rois, de Princes, de Connestables, et d'Admiraux : Que si pour vous en esloigner, et pour passer de ces Grands Morts, au plus Grand de tous ceux qui vivent, l'on regarde celuy que toute l'Europe regarde avec estonnement : de quelle gloire ne brillera pas Vostre Altesse, lors qu'on la verra digne Soeur d'un Prince tout couvert de Palmes et de Lauriers ? et pour lequel l'eloquence la plus haute et la

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plus sublime est basse et rampante, quand elle ose entreprendre de le loüer. La Grece qui nomma autrefois un de ses Capitaines LE PRENEUR DE VILLES, auroit esté obligée d'aller plus loing de la moitié pour nostre Heros : et de le nommer LE PRENEUR DE VILLES, et LE GAGNEUR DE BATAILLES. Ainsi Madame, estre digne Soeur d'un Frere tel que le vostre, c'est estre tout ce qu'on peut estre ; et plus que personne n'a jamais esté ; et que personne ne sera jamais. Que si des vertus Militaires, nous passons aux vertus paisibles, et du brillant éclat des Armes, au pompeux éclat de la Pourpre ; de quel nouveau lustre ne vous verra t'on pas reluire, pour estre encore Soeur d'un autre Prince dont le merite est aussi grand que sa condition ? et pour qui Rome mesme, n'a que des honneurs trop bas : soit que l'on considere la Grandeur de sa Naissance ; soit que l'on regarde la grandeur de son Esprit, ou celle de ses hautes et genereuses inclinations. Mais si Vostre Altesse a eu pour Ancestres des Rois et des Heros, et si elle à pour Freres des Heros

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dignes d'estre Rois ; elle a encore pour Mary un Prince si illustre par sa Condition, et si considerable par ses rares qualitez, que soit que l'on vous regarde comme Fille, comme Soeur, ou comme Femme, l'on vous voit tousjours, comme je l'ay dit, toute couverte de splendeur, de rayons, et de lumiere. En effect, ce Grand Prince qui conte parmy ses Devanciers le Restaurateur de l'Estat, seroit capable de l'estre luy mesme, veû les grandes choses qu'il a faites ; et l'invincible Comte de Dunois ne fit rien qu'il ne peust faire par son courage et par son esprit. Mais Madame, je n'oserois toucher davantage, à une Matiere si precieuse, ce seroit entreprendre sur le fameux Autheur de la Pucelle, qu'un si noble travail regarde : et il est juste de ne luy oster pas ce Marbre et ce Jaspe, qu'il mettra mieux en oeuvre que moy : et dont il fait un Monument eternel, à la gloire de vos Altesses. Et puis à dire les choses comme elles sont, ce n'est pas seulement de ces lumieres empruntées dont on vous voit briller, comme en brillent tous les Astres inferieurs, qui prennent leur éclat d'un plus grand Astre : Vous

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avez des rayons et des clartez, que vous ne prenez que de vous mesme : et des splendeurs qui vous sont essencielles comme celles du Soleil. Mais des splendeurs si éclatantes, qu'aupres d'elles toutes lumieres, tous rayons, toutes clartez, et toutes splendeurs, ne sont qu'ombres et que tenebres. La beauté mesme que vous possedez au souverain degré, elle que le plus Grand Homme de l'Eglise Greque n'a pas craint de nommer SPLENDEUR CELESTE : et un autre encore plus hardy, RAYAON DE LA DIVINITé ; n'est pas ce que vous aves de plus merveilleux, quoy qu'elle soit l'objet de la merveille de tout le monde. L'on en voit sans doute en Vostre Altesse, l'idée la plus parfaite qui puisse tomber sous la veuë : soit pour la taille qu'elle à si belle et si noble ; soit pour la majesté du port ; soit pour la beauté de ces cheveux, qui effacent les rayons de l'Astre avec lequel je vous compare ; soit pour l'éclat et pour le charme des yeux ; pour la blancheur et pour la juste proportion de tous les traits ; et pour cét air modeste et galant tout ensemble, qui est

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l'ame de la beauté, et que vos Miroirs vous feront bien mieux voir que mes paroles. Mais apres tout Madame, l'oseray je dire, et me pourra t'on croire si je le dis ? Vostre Esprit est encore plus beau que vostre visage : et c'est par luy principalement, que ma comparaison du Soleil est juste. En effet ce Grand Esprit a des clartez qui nous ébloüissent : il brille, et brille tousjours : ses rayons percent l'obscurité des choses les plus cachées : il penetre tout ; il voit tout ; il connoist tout ; et rien ne se dérobe à sa veüe. Mais il ne voit et ne connoist pas seulement les belles choses, car il les produit luy mesme : les Fleurs qui sont le plus bel Ouvrage du Soleil, cedent à celles de l'eloquence naturelle qui brille en tout ce qu'on vous entend dire ; et l'Or, les Perles, les Rubis, les Esmeraudes, les Diamans, et toutes les autres Pierreries, qui sont ses derniers Chefs-d'oeuvres ; n'ont rien de si éclatant ny de si precieux, que vos paroles et vos pensées. Cependant le mesme avantage qu'a vostre beauté, sur toutes les autres beautez, et vostre esprit sur vostre visage,

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vostre jugement l'a sur vostre esprit. C'est un Monarque qui regne Souverainement : qui regle toutes vos actions, à l'infaillible Compas de la raison : et qui agit en vous avec tant d'ordre et tant de justesse, que le cours du Soleil dont je vous parle, n'est pas plus justement reglé. Ouy Madame, le plus grand Roy de la Terre, pourroit se reposer sur la prudence de vostre Altesse, de la conduite de tous ses Estats : et tant qu'elle veilleroit à cette conduite, il pourroit dormir en assurance, quelque tempeste qui peut s'eslever contre luy. Toutefois je n'en demeure pas encore là : et je descouvre quelque chose du plus éclatant en vous, que tout ce que j'ay dit jusques icy. C'est la Grandeur de vostre Ame, qui non plus que le Soleil ne voit rien au monde qui ne soit au dessous d'elle. Cette Grande Ame, dis-je, qui est au dessus des foudres et des orages : et qui demeure ferme et tranquile, lors que tout est en trouble et en agitation. Mais quelques belles que soient toutes vos hautes et genereuses inclinations, elles ne paroissent presque plus, dés qu'on voit paroistre la

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pureté de cette Grande Ame, c'est à dire le plus parfait Ouvrage de la Nature et de la Vertu. Elle a moins de taches que le Soleil : elle passe comme les rayons de ce bel Astre, sur la corruption de la Terre sans s'y alterer : elle ne change jamais non plus que luy : elle ne quitte non plus sa routte, que le Soleil quitte la sienne : et elle ne s'arreste non plus dans le chemin de la Gloire, que cét Astre si éclatant dans son chemin ordinaire : allant tousjours de perfection en perfection, sans retrograder jamais, non plus que l'Astre dont je parle. Iray je encore plus loing que tout cela ? et finiray je le dénombrement de vos vertus, par la Reine de toutes les vertus ? Je veux dire cette haute pieté, dont vous faites une profession si publique et si exacte ; que vous vous en départez moins que le Soleil ne se départ des premiers ordres qu'il a reçeus de l'Eternelle puissance qui fait agir son Corps et vostre Ame. Enfin Madame, Cyrus vous voyant tant au dessus de tout l'Univers ; Vous voyant, dis-je, si brillante et si lumineuse ; Vous voyant

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unique comme le Soleil ; et voyant que s'il est nuit où il n'est pas, le jour n'est beau qu'ou vous estes : suivant la Religion de son Païs, il se prosterne devant vous : et cét illustre Persan vous prenant pour ce Grand Astre qu'il adore, s'offre luy mesme à Vostre Altesse, avec tout le zele et tout le respect qu'il croit devoir à la Divinité visible. Voila Madame, ce que j'avois à vous dire, pour le Vainqueur de l'Asie. Mais si apres vous avoir parlé pour luy, j'ose vous parler pour moy, j'advoüeray franchement à Vostre Altesse, qu'encore que toute la France ait assez bien reçeu mon Illustre Bassa, et que les Nations Estrangeres l'ayent traduit en leur Langue, je ne laisse pas de craindre pour Artamene. Car enfin vous estes sans doute capable de voir, ce que mille autres ne verroient pas : et vous découvrirez peut-estre des deffauts dans mon Ouvrage, qui ne seront aperçeus que de vous seule. Il est vray que si la sublimité de vostre esprit me fait peur, vostre extréme bonté

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me r'assure : et me fait mesme esperer que vous recevrez favorablement, ce que vous presente avec toute l'humilité possible,
MADAME,
De Vostre Altesse,
Le tres humble et tres obeïssant Serviteur,
DE SCUDERY.




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