C'est à François Chauveau que l'on doit les quarante et une planches
qui illustrent la première édition (1649-53) d'Artamène ou le Grand Cyrus
de Madeleine de Scudéry, soit:
- un médaillon représentant la duchesse de Longueville, accompagnant l’épître
dédicatoire dans le premier et le dernier tome
- dix frontispices allégoriques à l’orée de chacun des dix tomes (ou
parties)
- trente illustrations à raison d'une gravure à l’orée de chaque livre
(rappelons que chaque tome ou partie comprend trois livres).
Si les frontispices ont été maintenus dans toutes les éditions
postérieures, les illustrations, en revanche, ne figurent pas dans l'édition
de 1656, dont nous avons reproduit le texte sur le site "Artamène".
Compte tenu de leur importance documentaire, nous avons pris la liberté de mettre
ces planches en lien avec notre édition (laquelle, dans les faits, diffère extrêmement
peu de l'édition originale), en identifiant précisément la scène illustrée,
et en renvoyant au lieu textuel afférent.
Frontispices et illustrations ont fait l'objet d'une description
synthétique dans l'ouvrage de Diane Canivet (L'Illustration de la poésie
et du roman français au XVIIe siècle, Paris, PUF, 1957, pp. 122-124).
L'ensemble des illustrations en ligne du Grand Cyrus provient d'une édition du roman appartenant à la Bibliothèque publique et universitaire de la Ville de Genève (tous droits réservés).
François Chauveau (1613-1676)
Dessinateur, graveur et peintre, François Chauveau est l'illustrateur
par excellence des oeuvres de fiction du XVIIe siècle. Formé dans
l'atelier de Laurent de la Hyre, il se spécialise dans l'art de l'eau-forte.
Son talent lui permet rapidement d'entrer en relation avec les milieux cultivés
de Paris. En 1663, il devient conseiller à l'Académie Royale de Peinture et
de Sculpture. Après avoir exécuté pour Louis XIV le Carrousel de 1662,
il obtient le titre de Graveur du Roi ainsi qu'une pension.
François Chauveau laisse une œuvre magistrale de quelque mille
six cents gravures, dont la majorité ont été exécutées d'après ses propres dessins.
Les trois quarts de ses réalisations sont destinées à des oeuvres de fiction
contemporaines: Artamène ou le Grand Cyrus et Clélie, histoire
romaine de Madeleine de Scudéry, Le Roman comique de Paul Scarron,
Clovis ou la France chrétienne de Jean Desmarets de Saint-Sorlin, Faramond
ou l'Histoire de France de La Calprenède, Le Roman Bourgeois d'Antoine
Furetière, etc. Il a également illustré des pièces de théâtre: Axiane de
Scudéry, Rodogune de Pierre Corneille, Scévola de Pierre du Ryer,
L'Ecole des Femmes de Molière ainsi que les Oeuvres de Racine.
Fidèles à l'esprit de l'époque, les illustrations réalisées par
François Chauveau pour Artamène ou le Grand Cyrus cristallisent avec
force et finesse les moments emblématiques du roman: si près de la moitié des
illustrations sont destinées à souligner l'héroïsme des personnages lors des
scènes de batailles, d'attaques, de sièges ou de duels, nombreuses sont celles
qui esquissent une rencontre galante et furtive, qui accentuent un moment dramatique.
Une moitié des estampes illustre les moments clefs du parcours de Cyrus tandis
que l'autre moitié s'attache à son entourage proche, saisissant toujours des
scènes marquantes. Mais la beauté des illustrations n'a d'égale que la variété
de leur composition. Parmi les nombreuses scènes de batailles aucune ne ressemble
à l'autre: qu'il s'agisse du mouvement des corps, des supports architecturaux,
de la perspective, de la profondeur du paysage, de la géométrie des armes qui
scandent la scène ou du jeu des ombres et des lumières, François Chauveau maîtrise
l'art de la variation de façon à conférer à chaque illustration une identité
propre. Dans la succession des illustrations, les scènes de batailles alternent
avec d'autres sujets d'inspirations diverses : compositions véhémentes et dramatiques
dans un paysage abrupt et rocailleux, scènes tendres et sereines au coeur de
paysages idylliques, ou encore scènes fastueuses dans un décor de pompe et d'apparat.
De cette façon, s'il parcourt les illustrations sans s'attacher au texte, l'oeil
est toujours surpris, charmé. Toutefois les illustrations ne prennent tout leur
sens qu'en regard du texte; seule la confrontation des deux systèmes sémiotiques
révèle les subtilités de l'illustration, les enrichissements mutuels de sens.
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